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Verlaine, Sur une statue

in Esthétisme,Rimbaud,Sexualité,Verlaine

Verlaine, Sur une statue

Premières publications

Le Courrier français, le 12 juillet 1891
Parallèlement, 1894 (2e édition)

Éditions

VERLAINE Paul, Hombres, édition établie par Steve Murphy, H&O éditions, Béziers, 2005

Eh quoi ! dans cette ville d’eaux,
Trêve, repos, paix, intermède
Encor toi de face ou de dos,
Beau petit ami Ganymède ?

L’aigle t’emporte on dirait comme
À regret de parmi des fleurs
Son aile d’élans économe
Semble te vouloir par ailleurs

Que chez ce Jupin tyrannique
Comme qui dirait au Revard
Et son œil qui nous fait la nique
Te coule un drôle de regard

Bah, reste avec nous, bon garçon,
Notre ennui viens donc le distraire
Un peu, de la bonne façon.
N’es-tu pas notre petit frère ?

Aix-les-Bains, 7bre 89

De Ganymède et du poème

D’après la mythologie grecque, Ganymède était le plus bel adolescent vivant sur terre. Zeus en tomba éperdument amoureux et le choisi pour être son amant et l’échanson des dieux. C’est sous la forme d’un aigle que Zeus enleva le jeune homme.

Pour le lecteur contemporain de Verlaine, cette figure mythique représentait, sans conteste, comme le souligne D.Fernandez :

« le symbole de l’audace nécessaire à un amour qui défie les règles communes »

Dans son Dictionnaire érotique moderne, Delvau en donne d’ailleurs la définition suivante :

« Ganymède. Ce que l’on nommait anciennement un giton et que les Parisiens appellent une tante. »

Dans sa lettre à Cazals du 29 août 1889, Verlaine parle d’une promenade dans un parc, non loin des montagnes du Revard. Elle avait pris un tour très rimbaldo-verlainien :

« L’enfant, nu un gamin dans les quinze ans, dort, jambes pendantes, au dos de l’aigle qui s’essore en s’appuyant sur ses serres. Ganymède dort ou semble dormir, – tête fine, cheveux bouclés retombant, coprs fluet mais au point. Je répète, c’est très voluptueux. »

La statue a disparu pendant la seconde guerre mondiale. On la connaît aujourd’hui grâce à quelques vieilles cartes postales et au croquis fait par Verlaine : croquis qu’il envoya le 10 décembre à Cazals, conjointement au poème.

Aujourd’hui, le mythe fait l’objet d’un tryptique de Pierre et Gilles (2007).

Ganymède par Pierre et Gilles (2007)

(In)fortunes de publication

Longtemps, Hombres n’est resté accessible que grâce à des éditions clandestines, la première étant celle d’Albert Messein, en 1903 ou 1904, tirée à 525 exemplaires sous le manteau. Verlaine avait vendu ses vers à Vanier en 1892, et c’est en rachetant la librairie et les fonds de manuscrits que Messein avait pu mettre la main sur le précieux recueil.

Mais ce premier ensemble de textes recopiés avec plus ou moins de fortune présentait évidemment un certain nombre d’erreurs et de difficultés. Il fallut alors attendre l’édition de Jean Texcier, alias Jissey, pour disposer, en 1949, d’une édition soignée. Jissey fut en effet le premier à accéder au lot d’autographes complet. Ensuite, Jean-Paul Corsetti et Jean-Pierre Giusto finirent, ou tout du moins continuèrent, le travail.

La première allusion faite au recueil se trouve dans une lettre de Verlaine à Léon Deschamps : il y parle d’un certain volume « de vers familiers et plutôt satiriques à la Martial ». Verlaine rapprochait ce recueil de Parallèlement, lui aussi empreint d’allusions homosexuelles assez audacieuses, et de Dédicaces, qu’il avait aussi failli appelé Amis ou Les Amis.

Verlaine avait en fait en tête un projet « D’aucuns et d’aucunes », dans lequel devait se trouver, d’une part, Hombres, d’autre part, Femmes.

Ce dernier fut publié clandestinement par Henri Kistemaeckers en 1891, mais celui-ci refusa d’y associer, – comme c’était pourtant le voeu de Verlaine –, les poèmes homoérotiques de Hombres pour créer le diptyque. Sans doute y eut-il d’autres tentatives : on pense à Edmond Deman ou Robert de Montesquiou. Quoiqu’il en soit, et sans doute faute de mieux, Verlaine confia les douze textes à Vanier.

Le titre du recueil

« Hombres n’était pas que le mot espagnol pour « hommes ». On s’est penché à juste raison sur les implications d’une prononciation à la française du mot : Verlaine voulait évoquer la vie dans l’ombre de la société des « pédérastes » dans des poèmes eux-même destinés à une existence crépusculaire sinon fantomatique »,

C’est ce que nous rappelle Murphy. Mais cette hispanisation serait aussi une envie de s’évader du contexte austère du Second Empire. Serait-ce le côté Romantique (et Rome Antique) de Verlaine ? Sans doute faut-il y voir son goût avoué pour ces choses du Sud, qu’affectaient aussi Musset, Hugo ou Gauthier. Verlaine se caricatura lui-même sans son Dizain mil huit cent trente :

Je suis né romantique et j’eusse été fatal
En un frac très étroit aux boutons de métal,
Avec ma barbe en pointe et mes cheveux en brosse.
Hablant espanol, très loyal et très féroce,
Œil idoine à œillade et chargé de défis.
Beautés mises à mal et bourgeois déconfits
Eussent bondé ma vie et soûlé mon coeur d’homme.
Pâle et jaune, d’ailleurs, et taciturne comme
Un infant scrofuleux dans un Escurial…
Et puis j’eusse été si féroce et si loyal !

C’est la même démarche qui le pousse à signer son recueil saphique Les Amies du nom de « Pablo Maria de Herlagnez », en 1868. Il voulait reprendre ce pseudonyme pour Femmes.

Chapô de l'article

Dans sa lettre à Cazals du 29 août 1889, Verlaine parle d’une promenade dans un parc, non loin des montagnes du Revard. Elle avait alors pris un tour très rimbaldo-verlainien : « L’enfant, nu un gamin dans les quinze ans, dort ».

Notes de lecture

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Noms et notions

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Auteur de l'article

Démian Peeters est philologue de formation, concepteur web amateur, auteur dilettante, blogueur.

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PEETERS Démian, « Verlaine, Sur une statue », dans MOODYGUY (Esthétisme,Rimbaud,Sexualité,Verlaine), 02 mai 2008.

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En faisant la preuve d’une sexualité décomplexée et d’une identité ambivalente, le dandy accomplit une bonne part de la naissance des fiertés LGTB et des nouvelles normes en matière d’élégance.

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