Je suis élu, je suis damné
in Esthétisme,Génétique,Rimbaud,Sexualité,Verlaine
Le Sonnet du Trou du Cul
Il s’agit d’une parodie zutiste du recueil l’Idole d’Albert Mérat. Rimbaud et Verlaine, en commettant le sonnet, avaient l’ intention de se venger des allégations et commérages du poète à leur sujet. Les affronts allaient en effet bon train si l’on en croit les lettres inédites de Verlaine à Charles Moris, et c’est pourquoi ils décidèrent de conduire en perdition sodomite ce roi du blason féminin.
« Malgré l’alibi du Chanaan féminin, dit Murphy , on voit bien que la terre promise est celle des pédérastes ». Et pour cause! L’allégorie florale n’est qu’une manœuvre. L’ « œillet » est bien la désignation de l’anus chez les homosexuels (voir: Delvau, Dictionnaire érotique moderne).
Mérat quitta le cercle zutique et refusa de poser aux côtés des deux compères pour Le Coin de Table de Fantin-Latour. On lui substitua un pot de fleurs, sans doute « obscur et froncé », mais certes pas « violet ».
Le texte a beaucoup circulé. Et ce, dès 1877, d’après le témoignage de Maurice Rollinat :
« La poésie en question est de Verlaine et Rimbaud. Je l’avais copiée un jour au café Voltaire pour montrer à Lafagette jusqu’où peut mener l’abus de l’absinthe qui a été l’inspiration de ce sonnet si odieusement pédérastique ».
En 1883, Verlaine eut pour projet de constituer un triptyque, Les Stupra, avec deux autres séries de vers homosexuels de Rimbaud. Il dut malheureusement, avec l’aide de Delahaye, combler les trous de sa mémoire tant bien que mal. C’est ainsi que les versions sont démultipliées. Des variantes apparaissent dans celles envoyées à Morice et Pica, mais aussi et surtout dans la première édition de Messein.




