Henri III, « roi bougre »
in Sexualité
Henri III était un homme de contraste: tantôt fier et maniéré, tantôt extravaguant et inflexible. Son dégoût de la chasse et des activités sportives, comme son goût pour l’hygiène et la mode, lui valurent des critiques acerbes de la part de ses contemporains.

D’aucuns parlent d’une véritable « légende rose »: son image reste indissociable de celle de ses favoris plus couramment appelés mignons et représentés sous les traits d’éphèbes efféminés aux costumes excentriques.
En plus de ses usages sociaux déréglés et de sa mise en péril du christianisme, on reproche au dernier des Valois des pratiques sexuelles jugées indignes et criminelles.
Masle ny femelle
Le mémorialiste Pierre de l’Estoile rapporte dans ses Registres Journaux (1574-1611) des états de travestissement publics d’Henri III. Comme à l’occasion d’une course de bagues, où il avait fait une apparition remarquée en amazone. Ou comme cette autre fois à Blois, en 1577:
« Il se trouvait ordinairement habillé en femme, ouvrait son pourpoint et découvrait sa gorge, y portant un collier de perles et trois collets de toile, […] ainsi que lors portaient les dames de la cour ».
Sur plusieurs représentations, on le voit affublé d’une boucle d’oreille, immodérément fardé et frisé au fer. Autant d’indices d’une ambiguïté sexuelle que d’aucuns trouvaient particulièrement débridée. Ainsi l’auteur du fameux « Portait satyrique d’Henry III. Les Hermaphrodites. » : « Je ne suis masle ny femelle … ».

Les injures et les moqueries vont dans le même sens: on associe duplicité sexuelle à son hérésie. En témoigne l’utilisation du mot « bougre » qui est une déformation du mot « bulgare » et qui fait référence au mouvement hétérodoxe bogomile apparu au Xe siècle dans les Balkans. Le « roi bougre » est bien sodomite.
Dans ce contexte de guerre de religion, cette analogie est loin d’être innocente. Elle vise avant tout à déstabiliser le pouvoir royal. Après son rapprochement avec les protestants, ce sont les catholiques ligueurs qui menèrent ces propagandes virulentes contre la personne du roi.
La caricature se durcit alors: Henri III est croqué et lithographié en monstre doté d’imposantes mamelles et tenant dans la main gauche un miroir reflétant l’image de Machiavel.
Pas de quoi fouetter un Roi?
Pour Laurent Avezou, les pièces du dossier sont floues et non avenantes. Le travestissement était chose courante, surtout lors de tels spectacles de fantaisie et de mascarade. Quant au style épistolaire fleuri du Roi quand il écrit, par exemple, à Caylus qu’il lui « baise les mains de toute affection », il s’agirait aussi d’un usage fort répondu dans les correspondances au XVIe siècle.
Avezou nous rappelle aussi que la seule source qui évoque des aventures masculines est une source partisane: à savoir celle du diplomate savoyard Lucinge, ennemi confirmé de l’Etat français. Du reste, les autres accusations sont le fait de pamphlets rédigés par des ligueurs radicaux ou des calvinistes intransigeants ou encore par des membres du parti des Malcontents.
Pas de quoi fouetter un Roi? De fait, beaucoup d’historiens remettent en cause l’homosexualité d’Henri III et ne manquent pas d’évoquer ses conquêtes féminines du temps de son célibat ou l’infertilité objective de la reine Louise. Pour eux, il ne fait pas de doute que l’homophobie déclenchée contre lui ne s’explique que par les enjeux politiques voire culturels. En imposant de nouvelles normes et recommandations en matière de soin corporels à la cour — comme l’emploi régulier du savon ou le fait de changer de linge pour dormir — il aurait donné un trop fort coup de pied dans la fourmilière de la rusticité machiste.
Au fond, il n’est pas si idiot de tourner le débat dans cette direction. Cela nous montre à quel point les mécanismes homophobes opèrent de façon souterraine et insidieuse et n’autorisent aucune forme d’humanité vive et lettrée, comme elles ne permettent aucune forme de sexualité épanouie.
Qu’Henri III ait ou non entretenu des rapports amoureux avec l’un ou l’autre mignon, que ses travestissements aient été de simples déguisements ou des habits appropriés importent peu finalement. Ce qui rend son histoire intéressante est qu’elle est le témoin de la violence physique, morale et symbolique dont pouvaient être victimes à la fois les êtres en avance sur leur temps et les homosexuels (LGTB).




