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Étude de la rime chez Rimbaud (9) – Rime et citation

in Esthétisme,Métrique,Rimbaud

Étude de la rime chez Rimbaud (9) – Rime et citation

Pour Murat, toute rime est susceptible d’une lecture paradigmatique. C’est-à-dire qu’elle se détache d’emblée du contexte, et forme ainsi un couplage qui peut être apparenté à la citation.

1. Un exemple parmi d’autres

Dans son analyse, les rimes sont donc porteuses de niveaux de codage précis. Comme par exemple le premier couplage du Bateau ivre :

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
[...]Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,

Cette première association est, en effet, porteuse du ton allégorique et polémique de tout le quatrain. « Impassible » est, en effet, un adjectif cliché du romantisme et du style parnassien. L’inclusion de « cible » renvoie, quant à elle, au texte À une Madone de Baudelaire, déjà reprise par Verlaine dans un de ses Poèmes saturniens :

- Que nous cerne l’Oubli, noir et morne assassin,
Ou que l’Envie aux traits amers nous ait pour cibles,
Ainsi que çavitrî faisons-nous impassibles,
Mais, comme elle, dans l’âme ayons un haut dessein.

Il est fort à parier que Verlaine soit la source directe, notamment en raison de l’emploi du pluriel chez Rimbaud. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

2. Banville ou la rime-citation

Murat s’est dantage intéressé au rapport entre Rimbaud et Banville. À commencer par l’intertextualité évidente de Ma Bohême, texte marqué comme une sorte de renouveau du romantisme de 1830. Trois rimes proviennent directement des Odes funambulesques :

ourses/courses < La Voyageuse
frous-frous/trous < L’Académie royale de musique
fantastique/élastique < Le Saut du tremplin

L’effet produit par cette reprise de Rimbaud va dans deux sens totalement opposés : l’hommage et le dépassement. Murat parle de « dialogue implicite » entre les deux poètes.

Avec Ce qu’on dit au poète, Rimbaud change d’angle d’attaque. Il s’adresse directement à son dédicataire et ne cache pas son intention parodique. À la rime, il multiplie les citations littérales pour mieux railler.

En réalité, il reprend à son compte les rimes virtuose du « maître », mais les utilise à contre-emploi. Et finalement, en tire des structures irrégulières. Il dénonce, par ce biais, le non-avenir des formes vieilles. Rimbaud confie d’ailleurs, métapoétiquement, à la fin du poème :

Commerçant ! colon ! médium !
Ta Rime sourdra, rose ou blanche,
Comme un rayon de sodium,
Comme un caoutchouc qui s’épanche

Ce que Murat analyse comme un tournant décisif :

« Pour nous, lecteurs modernes, c’est un changement d’ère : la page du Parnasse est tournée. Car la rime ainsi définie peut se passer de la rime, de même que la poésie peut se passer du vers. »

Chapô de l'article

Pour Murat, toute rime est susceptible d’une lecture paradigmatique et forme ainsi un couplage qui peut être apparenté à la citation.

Notes de lecture

MURAT Michel, L'Art de Rimbaud, Paris, José Corti, 2002, pp. 177-186..

Noms et notions

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Auteur de l'article

Démian Peeters est philologue de formation, concepteur web amateur, auteur dilettante, blogueur.

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PEETERS Démian, « Étude de la rime chez Rimbaud (9) – Rime et citation », dans MOODYGUY (Esthétisme,Métrique,Rimbaud), 17 nov 2008.

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Le dandy considère l’art comme un principe vital, pulsionnel et primordial. Son processus créateur et sa physiologie se nourrissent de ce qui fait l’essence même du romantisme: la décadence.

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