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Étude de la rime chez Rimbaud (2) – Les poèmes de 1870

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Étude de la rime chez Rimbaud (2) – Les poèmes de 1870

Le corpus rimbaldien de 1870, selon la pondération de Murat, a une valeur moyenne de 2,24. Ce nombre concerne les phonèmes identiques par rime. C’est entre la rime classique (2) et la rime romantique (2,4).

Évidemment, ce corpus de 1870 est disparate. Les quatre poèmes longs représentent à eux-seuls 60%. Et force est de constater que la rime y est moins riche que dans les poèmes courts. Ils tirent donc un peu la pondération vers le bas. Il s’agit respectivement de : Les Étrennes des orphelins (140 vers), Soleil et chair (164 vers), Le Forgeron (180 vers) et Les Réparties de Nina (166 vers).

Toutefois, c’est encore très en deçà de l’exemple de Banville. Trop de rimes pauvres et de négligences.

1. Les Étrennes des orphelins

Du point de vue de la rime, Les Étrennes des orphelins est le poème le plus faible de Rimbaud. On y rencontre beaucoup de :

Cette manière de rimer s’apparente, par ailleurs, à celle de Marceline Desbordes-Valmore. L’on sait que Rimbaud la connaissait bien et, d’après Verlaine, avait su percevoir en elle une part franche de génie et d’excellence :

« Rimbaud […] savait par cœur les poètes modernes, les plus raffinés comme les plus ingénus de notre époque, de Desbordes-Valmore à Baudelaire, par exemple, et cet exemple montre bien le goût infaillible de ce jeune garçon […]. Car s’il existe une antithèse, c’est bien entre ces deux noms […]. Rimbaud percevait déjà à merveille la même âme douloureuse et comme une parenté entre ces deux génies si dissemblables à première vue ».

Murat y voit un intertexte explicite. Pour lui, c’est à Desbordes-Valmore que fait songer le « lyrisme intime, douillet et un peu régressif du poème. »

2. Soleil et chair

Ce poème est déjà plus représentatif : on y devine quelques tendances quant à la manière de rimer de Rimbaud.

À l’inverse des rimes du simple au composé des Étrennes des orphelins, on trouve ici des rimes par inclusion : où l’un des mots est phonétiquement contenu dans l’autre, mais sans aucune rapport de dérivation ou de composition.

vie/ravie, cités/immensités, chimères/mères, Cybèle/belle

Ces rimes ont une dimension clairement ludique. Même chose pour les rimes homonymiques, déconseillées par les traités classiques.

croix/crois, Héros/Eros

Murat observe que statistiquement : une rime sur cinq dans Soleil et chair appartient à l’une de ces deux catégories.

On sent davantage l’influence de Banville.

Mais il demeure quelques faiblesses : des rimes stéréotypées, et des rimes qui couplent des voyelles suivies de consonnes flottantes différentes.

nid/infini

3. Le Forgeron

On sent dans ce poème une influence explicite d’Hugo. En fait, c’est le penchant satirique qui suscite ici l’apparition de rimes plus originales.

Tuileries/boulangeries, accapareurs/terreurs, chenapans/paon (rime typique du genre)

Rimbaud remplace très largement l’homonymie par la paronymie. Par rapport à Soleil et chair, la différence est significative. La plupart de ces rimes paronymiques sont des monosyllabes, ce qui donne des façons plutôt banales.

chose/cause, hommes/sommes, bien/rien, foule/houle, soûle/roule, sotes/pots, chêne/haine, nuit/cuit

Par contre, quand elles passent à deux syllabes, elles deviennent riches et recherchées.

requêtes/raquettes, pavés/lavés

4. Les Réparties de Nina

Murat est très critique sur la qualité de ce poème. Il décèle un grand nombre de rimes faibles : 17% n’ont qu’un phonème identique.

Plusieurs ont des consonnes flottantes non compatibles.

partout/flou

Une contient une variation vocalique, ce qui est assez fréquent chez Rimbaud.

rosés/sais

Murat explique cette médiocrité relative par les contraintes du vers quadrisyllabique.

Il est toutefois intéressant de noter que plusieurs rimes seront réutilisées dans des textes ultérieurs.

poitrine/narine (Le Dormeur du val), vertes/ouvertes (Chant de guerre parisien), pipes/lippes (Les Assis), bleue/lieue (Le Bateau ivre)

5. Le reste du corpus de 1870

Le reste du corpus est composé de poèmes de longueur moyenne (30 à 40 vers), ainsi que de douze sonnets, avec une densité phonique légèrement supérieure. La pondération pour ces sonnets est de 2,39. C’est peu si l’on considère l’importance dans la rime dans la structuration du sonnet.

Murat donne comme moyenne pour le Rimbaud de 1870 : 2,28. C’est ce que l’on rencontre dans : Le Châtiment de Tartuffe, La Maline, Les Effarés.

La moyenne plus élevée (2,71) pour Le Mal et Ma Bohême tient dans les deux cas à une seule rime.

damassées/ramassées, fantastiques/élastiques

De son côté, dans ses Poèmes saturniens, Verlaine semble être du même ton. Sa moyenne est de 2,32. Lui non plus, ne travaille pas sur le quantitatif.

Ce qui est d’emblée intéressant pour les textes de 1870 est le rapport qui existe entre richesse rimique et écriture satirique. On sent là l’autorité et l’exemple de Banville. C’est presqu’une évidence.

Ainsi, Le Bal des pendus est noté à 2,71. Rimbaud y aligne des rimes virtuoses.

paladins/Saladins, cravata/savate, sandale/scandale, funèbres/vertèbres (au lieu du traditionnel ténèbres)

Dans Vénus Anadyomène, la densité phonique reste élevée (2,43) mais Rimbaud ménage ses effets. Une seule rime très riche, par inclusion.

omoplates/plates

Sans compter sur le remarquable final.

Vénus/anus

Dans les sonnets contre Napoléon III, par contre, on ne constate plus cette corrélation entre richesse de la rime et satire. Rimbaud s’est ici détaché de tout fétichisme de la rime riche. Il cherche avant tout le comique. À Murat de dire :

« La poétique de la rime n’est plus dans la rime. Celle-ci est traitée non comme une fin en soi, mais comme un point d’irradiation et de structuration dont les effets concernent tout le poème. Nous sommes en octobre 1870 : Rimbaud a atteint sa première maturité. »

Chapô de l'article

Le corpus rimbaldien de 1870, selon la pondération de Murat, a une valeur moyenne de 2,24. C’est entre la rime classique (2) et la rime romantique (2,4).

Notes de lecture

MURAT Michel, L'Art de Rimbaud, Paris, José Corti, 2002..

Noms et notions

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Auteur de l'article

Démian Peeters est philologue de formation, concepteur web amateur, auteur dilettante, blogueur.

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PEETERS Démian, « Étude de la rime chez Rimbaud (2) – Les poèmes de 1870 », dans MOODYGUY (Esthétisme,Métrique,Rimbaud), 26 juin 2008.

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Le dandy considère l’art comme un principe vital, pulsionnel et primordial. Son processus créateur et sa physiologie se nourrissent de ce qui fait l’essence même du romantisme: la décadence.

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