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Posted on nov 6, 2010 - Glances

Les démons d’Attila Richard Lukacs

lukacs

Attila Richard Lukacs est un artiste canadien né en 1962 à Calgary, dans une famille d’émigrés hongrois. Gradué du Emily Carr College of Art and Design (1985) à Vancouver, il est l’auteur de portraits provocants qui dépeignent des figures masculines brutales et explicites.

Guns shot above our heads

C’est en 1986 qu’il établit résidence dans son studio de Künstlerhaus Bethanien, à Berlin. Il se fait très vite une réputation, non seulement sur le vieux continent mais aussi Outre-Manche, grâce à ses œuvres monumentales qui travaillent au corps les tabous.

Les années 90 furent pour lui synonymes d’une exploration des milieux interlopes : celui des skinheads gais et des militaires américains. Certains des tableaux datant de cette époque sont un curieux mélange d’érotisme homosexuel et de références à l’imagerie néo-nazie. L’artiste ne soutient évidemment pas l’idéologie de ces hommes, mais plutôt leur jeunesse et leur érotisme naturel qu’il associe à une certaine énergie symbolique.

Son travail a souvent été comparé à celui de Rembrandt en raison de l’usage qu’il fait du clair-obscur, ou à celui de Goya de par son exploitation du grotesque. D’aucuns le rattachent également au style anglais de Thomas Gainsborough.

Une série comme True North (1989) est représentative de ce goût immodéré pour le néo-classicisme de la Renaissance : ces jeunes hommes à l’allure sportive, en jeans et sweatshirt, sont contre toute attente comparables à certaines peintures de David ou du Caravage.

True North, Attila Richard Lukacs

Some skin exposure to the blackout

Gerald Hannon a écrit, à propos de Everybody Wants the Same Thing (1993), qu’il ne s’agissait pas pour Lukacs de faire dire au jeune homme assis à la fenêtre que tout le monde veut éprouver un désir homosexuel, mais bien que tout le monde aspire à la même liberté : être ce qu’on a envie d’être, avec autant de fierté et de mise à nu que possible.

Pour Lukacs, travailler de la sorte sur le nu masculin exprime surtout son désir de rompre avec les représentations homoérotiques traditionnelles. Il se situe à l’intersection de plusieurs intentions artistiques — la plus important étant à ses yeux la volonté de sortir du cadre strict de la lecture érotique unilatérale. En 1992, Il confie, dans une interview accordée à Robert Enright, n’avoir jamais réellement voulu jouer un rôle important dans la (sub)culture gay, mais d’avoir toujours eu en tête d’amener les gens vers une autre expression de la normalité.

Dans Marzahn (1991), on observe trois jeunes hommes enlacés dans un jardin luxuriant. Nous pouvons interpréter ce tableau comme la représentation d’une nouvelle sorte d’Eden. Les garçons peignent des buissons, comme s’ils avaient un pouvoir nouveau de création ou de recréation par rapport à la matrice straight.

Marzahn, Attila Richard Lukacs

Pour Earl Miller : « Les peintures d’Attila Richard Lukacs dépeignent des images de sexualité gaie sans intention de construire une arène pour le discours politique. Mais lorsque son travail est exposé au public, y compris au public conservateur, alors il acquiert une fonction de résistance. La nature apolitique de son œuvre devient accidentellement subversive. ».

Il quitte Berlin en 1996 pour s’ installer à New York, puis à Hawaï en 2001. C’est à cette époque qu’il commence à travailler de façon systématique avec des feuilles d’or, notamment sur la série Flowers qui témoigne de sa sensibilité pour l’orientalisme. En 1999, son exposition Arbor Vitae tranche, dans cet esprit, avec ses expérimentations précédentes. Ces peintures qualifiées d’élégantes délivrent un message plus introspectif mais toujours affecté par les méandres de la déconstruction.

Il faudra attendre 2003 pour que Lukacs revienne à ses thèmes de prédilection. Of Monkeys and Men nous offre un panorama assez complet de ses obsessions : homosexualité, déviance, violence. L’artiste vit actuellement à Vancouver, en Colombie britannique.

Of Monkeys and Men, Attila Richard Lukacs

Slave of a burning ray

Aujourd’hui, c’est une autre partie (beaucoup moins connue) de l’œuvre de l’artiste qui fait parler d’elle sous forme de clichés Polaroid. Il s’agit de ce que l’on pourrait appeler son travail préparatoire. Ces portraits instantanés, pris au fil de toutes ces années de création, font partie intégrante de sa production : elles sont aujourd’hui exposée par Michael Morris.

Polaroid, Attila Richard Lukacs

La majorité des ces polaroïds représentent des skinheads Aryens nus ou à demi vêtus, à la fois agressivement crus et mystérieusement sensuels. Cette collection unique nous offre un nouveau regard sur les perspectives mises en œuvre par Lukacs ces vingt dernières années.

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