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Posted on mar 8, 2008 - Glances

L’apprentissage de subversion

dortomb

C’est parce qu’il est du devoir de tout lecteur attentif de Rimbaud d’opérer par recoupements lexicologiques et historiques, que nous renseignons comme incontournable lePremier Rimbaud ou l’apprentissage de la subversion de Murphy.

Avec tout le sérieux qu’on lui connaît, le rédacteur en chef de la revue rimbaldienne Parade Sauvage s’attache à combiner les avantages de la diachronie et de la synchronie, montrant comment Rimbaud s’inspire d’une littérature qui est à la fois antérieure mais toujours présente dans la culture de l’époque donc facilement démarquable.

Donnant un rôle primordial à l’intertexte, il se garde bien des excès apodictiques de certains de ses prédécesseurs en proposant à son lecteur les outils pour adhérer à ses hypothèses comme pour les réfuter.

1. Introduction de Muprhy aux Poésies

Comme le souligne très justement Murphy:

« Très tôt, il [Rimbaud] a su adopter tous les styles poétiques de son époque, la caricature et l’invective des Châtiments de Hugo, le réalisme de Coppée, la fantaisie funambulesque du Parnassien Théodore de Banville, l’interrogation existentielle et l’imagerie de Baudelaire. »

Autant dire que par sa volonté réformante et subversive, Rimbaud construisait déjà sa réputation d’anarchiste inintelligible et de maître à penser de la poésie repoussante.

Il élabore ainsi l’incroyable sonnet des Voyelles, d’ailleurs jugé assez fumeux par Coppée — et jusqu’à un certain point par Verlaine.

Cette rhétorique de l’outrance ne tarda pas à lui valoir le qualificatif de « décadent ». Louis Desprez, un jeune critique naturaliste de l’époque, caractérise alors cette recherche sauvage de mouvement:

« M.Rimbaud me semble le produit le plus typique du byzantisme baudelairien, aboutissant à la folie. De la mystification grave et convaincue, une recherche morbide des « verts de plaie » et des incompréhensibilités psychiques et linguistiques, du rêve biscornu, démentiel. »

Tout semble opérer par provocation et subversion. Robert Goffin, en 1937, n’hésite d’ailleurs pas à convoquer la psychanalyse et les théories freudiennes pour analyser les Poésies comme une orgie masturbatoire.

S’il faut toujours se garder des interprétations hâtives pseudo-scientifiques et raisonnantes des textes de Rimbaud, Murphy déplore toutefois très amèrement le désaveu d’anciens défenseurs, comme Forain ou Verlaine lui-même qui, après avoir changé de bord, ont voulu minimiser les lectures sexuelles et politiques de ces premiers textes.

Ne parlons même pas de l’entreprise de blanchiment rondement menée par Isabelle Rimbaud, Paterne Berrichon et Claudel.

Par tour de force, ils ont durablement imposé la chronologie suivante : Poésies (1870-1871), Vers Nouveaux et Chansons (1872), Illuminations (1872-1873) et enfin Une Saison en Enfer (1873). Considérant que les Vers Nouveaux et les Illuminations devaient former une étape intermédiaire entre la révolte des Poésies et la renonciation soi-disant finale d’Adieu.

Quant aux lettres africaines, il ne fait plus de doute aujourd’hui, grâce à la précieuse étude de Marcel Coulon, que certaines ont été directement falcifiées par ce trio diabolique.

2. Pour l’étude des Poésies

Les premières études philologiques et textuelles sérieuses ont vu le jour dans les années 1940 sous la plume d’auteurs comme Henry de Bouillane de Lacoste, Jacques Gengoux, Jules Mouquet et Pierre Petitfils.

En ce qui concerne les Poésies, contrairement à l’œuvre en prose, nous possédons peu d’études récentes à prétention globalisante, un phénomène que Jean-Pierre Giusto explique par une relative lisibilité des textes.

L’excuse est un peu courte et Murphy ne manque pas de fustiger l’attitude paresseuse de ces commentateurs impressionnistes qui ne se sentent pas obligés de justifier leurs lectures sur un plan historique ou lexicologique. L’erreur est, en effet, impardonnable si l’on sait à quel point l’étude artistique, et plus particulièrement littéraire, est une discipline dont le besoin de rigueur scientifique n’est plus à démontrer.

Beaucoup de textes ont ainsi longtemps manqué de lectures attentives et précises. Citons à titre d’exemple Les Premières Communions pour lesquelles il a fallu attendre l’analyse des allusions à l’hystérie accomplie par Pierre Chambon pour qu’on en parle sérieusement.

Ponctuellement, certains progrès ont fait avancer notre connaissance des vers mais nous ne devons pratiquement qu’à Murphy une véritable étude d’ensemble qui ne se contente pas de spéculations plus ou moins approfondies, mais estime comme étant de première importance l’analyse à la fois cohérente et aboutie des sémantismes sexuels, idéologiques et politiques des premières productions rimbaldiennes.

Outre le débat qui opposa Robert Faurisson à René Etiemble concernant les allusions sexuelles du poème Voyelles (vu par le premier comme une espèce de blason du corps féminin), ce sont surtout les travaux de Marc Ascione et Chambon qui dénouèrent beaucoup de questions à propos de ce domaine sémantique.

Les deux auteurs ont effet eu le réflexe scientifique de se référer au Dictionnaire érotique moderne d’Alfred Delvau pour la rédaction le leur désormais très célèbre article « Les zolismes de Rimbaud ».

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