À propos du célèbre portrait de Rimbaud par Carjat
Cette célèbre photographie, la plus illustre représentation de Rimbaud, fut prise par le photographe Étienne Carjat, dans son atelier situé au fond d’une cour de la rue Notre-Dame-de-Lorette, au numéro 10. Il avait été obligé de vendre son fonds à Légé et Bergeron.

Co-fondateur du journal Le Diogène et fondateur de la revue Le Boulevard, on doit à Carjat des portraits de nombreuses personnalités politiques, littéraires et artistiques. Il avait pour habitude de laisser ses modèles choisir la pose et l’expression, et de privilégier la sobriété, le naturel et l’expressivité d’où une absence totale d’éléments de décor sur la plupart de ses clichés.
Il semble que Rimbaud ait opté pour la traditionnelle « pose de poète ». Le regard porté au loin, et l’air inspiré. Il aurait pincé légèrement la lèvre inférieure, car elle ne nous apparait pas aussi charnue ou aussi bien fendue que la décrivait Delahaye.
Verlaine situe ce cliché en octobre 1871. Il en parle dans une lettre du 2 novembre 1883 à Charles Morice, et puis, dans son Avertissement à propos des portraits ci-joints de l’édition de 1884 des Poètes maudits. Il lui donne à ce moment son statut d’icône :
N’est-ce pas bien « l’Enfant Sublime » sans le terrible démenti de Chateaubriand, mais non sans la protestation de lèvres dès longtemps sensuelles et d’une paire d’yeux perdus dans du souvenir très ancien plutôt que dans un rêve même précoce ? Un Casanova gosse mais bien plus expert ès aventures ne rit-il pas dans ces narines hardies, et ce beau menton accidenté ne s’en vient-il pas dire : « va te faire lanlaire » à toute illusion qui ne doive l’existence à la plus irrévocable volonté ? Enfin, à notre sens, la superbe tignasse ne put être ainsi mise à mal que par de savants oreillers d’ailleurs foulés du coude d’un pur caprice sultanesque. Et ce dédain tout viril d’une toilette inutile à cette beauté du diable !
Le portrait fut publié pour la première fois en 1922, en frontispice du second tome de l’édition de La Banderole des Œuvres complètes.
Aujourd’hui, il existe un triage (mais qui n’est pas de Carjat) conservé dans le fonds Claudel du Département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale de France. Il se présente sous forme de médaillon. Paterne Berrichon l’avait offert à Claudel en même temps qu’un dessin de Forain. On retrouve les reproductions dans son Journal à la date du 28 février 1912.
Le Musée-Bibliothèque Arthur-Rimbaud conserve lui aussi un tirage de la photographie d’une grande qualité (AR 994 8.1), mais qui n’est pas d’époque.
La légende veut qu’après l’incident, survenu fin janvier 1872 au cours d’un dîner des Vilains Bonshommes, où Rimbaud blessa Carjat d’un coup de canne-épée, celui-ci brisa les quelques clichés de son agresseur pris peu de temps avant.














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