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Petite histoire sémantique de voyance (9) – L’assurance du progrès

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Petite histoire sémantique de voyance (9) – L’assurance du progrès

Eliphas Levi, dans son Dogme et Rituel de la haute Magie et son Histoire de la Magie, élabore une théorie de la voyance en relation avec la lumière astrale, sorte de fluide ou d’âme cosmique qui permet de faire accéder le voyant instinctif à un degré supérieur d’intelligence — celui qui pourra déchiffrer, in fine, le grand livre de cette lumière astrale deviendra un initié du « grand agent magique ». L’idée sous-jacente à cette théorie est celle-ci:

« Ce qui opère dans le corps de la planète se répète en nous »

Il devient alors possible pour l’initié de mettre en communication sa volonté avec cette lumière astrale pour accéder au plan complémentaire du verbe, et à la quête d’un langage nouveau propre à traduire la nouveauté de sa pensée:

« Poète inspiré, le voyant de la loi nouvelle chante sur un mode tantôt céleste, tantôt infernal, mais toujours grandiose et terrible, l’hymne funèbre de toutes les vaines grandeurs et de toutes les injustes puissances. »

Mais ne nous y trompons pas! Poète et voyant sont différents et différenciés chez Eliphas Levi:

  1. le poète possède le sentiment des harmonies extérieures qu’il exprime par la parole
  2. le voyant possède l’intelligence des harmonies extérieures qu’il exprime par l’action

Dans ce système, le mage reste supérieur au poète. La voyance, chez Eliphas Levi, implique une ascèse mais pas forcément une ontologie ni une conception particulière du langage, comme chez Rimbaud. La contingence du temps, et la soumission aux principes de la science représentant donc des obstacles à la grâce. Eliphas Levi rejoint en cela la tradition hermétique et l’occultisme qui laisse supposer l’existence d’une chimie ou alchimie.

Conclusion générale

Nous avons vu, au cours de cette série éditoriale consacrée au travail de Marc Eigeldinger, tous les rôles successifs ou simultanés endossés par le voyant au cours des siècles: prophète, prêtre, maître spirituel, thaumaturge, initié, adepte de l’ésotérisme ou du spiritisme.

Puis dans un second temps, surtout à partir de Hugo, Gauthier, Sand et Laprade, nous l’avons vu se changer radicalement en artiste, en romancier, et bien évidemment en poète.

C’est à ce moment précis, qu’il acquiert sa capacité réelle de projection dans le futur et son sens éclairé de l’Histoire de l’Humanité.

« L’histoire de la voyance au XIXe siècle tend, pour une part, à se confondre avec l’histoire du pouvoir spirituel laïque. »

C’est l’idée du sacerdoce poétique initié par le romantisme allemand puis accrédité par les auteurs français aux environs de 1840. Ce sacerdoce, religieux ou non, célèbre la promesse et l’assurance du progrès: c’est dans ce contexte que la quête voyante est souvent doublée d’une fonction politique et sociale. Le processus suppose dès lors une ascèse et un effort. Elle va dans le sens de la vision et de l’acte créateur ou transformateur:

« C’est dans l’étincelle durable de la métaphore que l’accord s’établit entre l’expérience de la vision et sa traduction dans l’épaisseur du langage. »

Lorsque Rimbaud reprend le terme et une bonne partie de ses assimilations, il opère évidemment dans le poncif mais pas seulement. En termes de sources directes, Eigeldinger ne note que celles-ci: L’Ancien Testament, l’étude Gauthier accompagnant la troisième édition des Fleurs du Mal, et bien entendu, in fine, Hugo et Baudelaire.

Du reste, il va plus avant et explore davantage le champ sémantique de la voyance. Rimbaud est surtout l’un des premiers auteurs (peu de temps après Hugo et Laprade) à élaborer une doctrine cohérente sur le sujet, voire une véritable méthode.

Cette méthode est celle de l’expérience existentielle. Il ne s’agit ni d’une éthique ni d’une initiation, mais bien d’un travail faisant intervenir la conscience critique.

« La voyance [rimbaldienne] est, par-delà le bien et le mal, un instrument de connaissance […] un objet conquis au prix de l’étude, de la contention extrême. »

En marque sous-jacente, on peut voir se profiler l’inconscient collectif tel que défini par les travaux de Jung: Rimbaud détourne, en effet, une certaine conception romantique et unitaire du moi en une vaste structure sédimentée recelant des images universelles et un contenu psychologique hérité des temps jadis. Il joint ainsi la parole et l’idée pour constituer la grande alchimie diamantaire du verbe.

À Eigeldinger de conclure:

« Bien qu’elle soit tributaire d’une longue tradition, la Lettre du voyant demeure foncièrement originale dans son contenu, au point d’apparaître comme l’un des manifestes les plus percutants de la poésie moderne. »

Chapô de l'article

La voyance, chez Eliphas Levi, implique une ascèse mais pas forcément une ontologie comme chez Rimbaud. La contingence du temps et la soumission aux principes de la science représentent des obstacles à la grâce.

Notes de lecture

EIGELDINGER Marc, « La Voyance avant Rimbaud », in Lettres du voyant, Genêve, Droz, coll. « Lettres littéraires françaises », 1975..

Noms et notions

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Auteur de l'article

Démian Peeters est philologue de formation, concepteur web amateur, auteur dilettante, blogueur.

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PEETERS Démian, « Petite histoire sémantique de voyance (9) – L’assurance du progrès », dans MOODYGUY (Esthétisme,Rimbaud,Voyance), 01 juin 2009.

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Le dandy considère l’art comme un principe vital, pulsionnel et primordial. Son processus créateur et sa physiologie se nourrissent de ce qui fait l’essence même du romantisme: la décadence.

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