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Hypotyposes saturniennes (1) – Levons un peu le voile

in Esthétisme,Génétique,Rimbaud

Hypotyposes saturniennes (1) – Levons un peu le voile

Hypotyposes saturniennes, ex Belmontet. appartient au volume manuscrit de l’Album zutique. Le texte est aujourd’hui conservé dans la collection Latécoère. Il fut publié pour la première fois dans le Mercure de France du 12 mai 1961, à l’initiative de messieurs Matarasso et Petitfils.

Louis Belmontet

Le texte consiste en un ensemble de phrases séparées par des traits ou des lignes de points, à la manière des discours et textes grandiloquents de Belmontet.

Louis Belmontet, comme nous le rappelle Murphy, était un poète ultra bonapartiste, auteur de textes glorifiant la mémoire de Napoléon et du Second Empire. Son œuvre était jugée saugrenue tant ses métaphores étaient incohérentes. Pour ces deux raisons, il était évidemment victime de nombreuses parodies, surtout venant des poètes républicains de son temps.

La première hypotypose

Quel est donc ce mystère impénétrable et sombre ?
Pourquoi, sans projeter leur voile blanche, sombre
Tout jeune esquif royal gréé ?

Elle fait référence au mythe de Thésée qui, ayant oublié la promesse faite à son père de hisser les voiles blanches de son bateau pour lui signifier qu’il avait triomphé du Minotaure, se rendit responsable de son suicide. Ici, le rôle du héros grec est joué par un « jeune esquif royal », en d’autres termes, par le Prince Impérial. Encore lui !

Murphy nous montre qu’on trouve la preuve de cette identification dans un texte peu connu de Rimbaud, la « Lettre à Loulou ». En réalité, le contenu de son poème n’est connu que grâce à une lettre de Delahaye:

« De cette lettre (une moquerie contre l’impératrice Eugénie), j’ai retenu quelques vers :
            Mon pauvre vieux Louis, va-t-en.
            Adieu, cherche une barcarolle…
            Faisons comme à la Périchole…
            Et tu t’envoles, et je m’envole,
            Et nous avons chacun nos nids… »

Dans ces vers, Rimbaud prête à l’Impératrice des aspirations de danseuse, en faisant référence à la chanteuse espagnole, la Périchole, qui trouve ses origines chez Mérimée puis Offenbach. La blague était courante: les républicains aimaient imaginer comment les membres de la famille impériale pourraient éviter la misère en exil. On retrouve beaucoup de gravures ironiques sur ce thème, comme celles de Dumontel ou Klenck.

Concernant la « barcarolle » que doit chercher le petit Louis pour les représentations de ce spectacle forain, Rimbaud s’amuse aux dépends d’Hugo. En effet, l’auteur des Misérables fut la cible de moqueries suite à sa célèbre méprise: il avait pris la « barcarolle » pour un bateau, plutôt que pour une chanson.

Ici, Rimbaud sous-entend les deux sens: non seulement, le petit Louis aurait bien besoin d’une idée de chanson pour gagner son pain au cirque, mais d’une embarcation pour fuir la France.

Chapô de l'article

Les Hypotyposes saturniennes consistent en un ensemble de phrases séparées par des traits ou des lignes de points, à la manière des discours et textes grandiloquents de Belmontet.

Notes de lecture

MURPHY Steve, Rimbaud et la ménagerie impériale, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1991, pp. 145-149..

Noms et notions

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Auteur de l'article

Démian Peeters est philologue de formation, concepteur web amateur, auteur dilettante, blogueur.

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PEETERS Démian, « Hypotyposes saturniennes (1) – Levons un peu le voile », dans MOODYGUY (Esthétisme,Génétique,Rimbaud), 10 jan 2009.

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Le dandy considère l’art comme un principe vital, pulsionnel et primordial. Son processus créateur et sa physiologie se nourrissent de ce qui fait l’essence même du romantisme: la décadence.

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