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Posted on août 3, 2010 - Farmlands

La vie hors de soi selon Butler

horsdesoi

Dans Le récit de soi, Judith Butler reconnaît que le « je » est toujours déjà dépossédé dès lors qu’il émerge sur la scène des vivants. Savoir quelles sont les assises du sujet revient donc à s’interroger sur ses propriétés sociales et cette forme d’aliénation primitive ; ainsi que sur le concept de la vie hors de soi.

Si l’on considère le hors de soi comme une situation spatiale exceptionnelle, on se heurte d’emblée à une difficulté conceptuelle. Pour Butler, le hors de soi n’est donc pas réductible à une extériorité. Il faut l’envisager comme une niche ontologique. Loin d’être un état/espace pathologique du soi, le hors de soi est au contraire un site actif qui engendre le soi en l’excédant et inversement. Il peut aussi le nier. C’est un paradoxe.

Le processus de formation du soi est ainsi engendré par la subordination au pouvoir — soit le hors de soi des règles, procédures et relations au pouvoir qui le conduisent à assimilier son assujettissement et lui confèrent dans le même temps lisibilité et visibilité.

Le sujet devient sujet dès lors qu’il répond à l’appel de cette loi et consent à être identifié comme un sujet de cette loi. Comme nous pouvons nous en douter, la loi joue un double rôle. Elle garantit la vie et les modes de développement du sujet, tout en l’exposant également au risque de la blessure et de la vie précaire. Le sujet doit composer avec cette hantise :

« être sujet signifie notamment être né dans un monde au sein duquel des normes agissent sur vous dès le commencement. »

La question de la viabilité de la vie est donc intimement liée au principe de vulnérabilité sociale. En d’autres termes, l’individu s’accomplit au début de son histoire par un attcahement passioné aux normes, lesquelles lui donnent sa place dans le monde et le situent plus ou moins précisément par rapport aux autres personnes. Sa légitimité, sa sécurité et l’amour dont il jouit sont une seule et même chose ; et s’inscrivent dans sa vie psychique. Butler parle d’un « pôle mental des normes » .

C’est à travers l’écran du fantasme que les conditions d’une sécurisation de soi peuvent être réunies. Ce registre d’assujetissement est un registre de vie intégrale: le sujet, dès son commencement, ne s’appartient pas et ne peut donc jamais totalement se raconter. Ce qui l’empêche d’accéder à son intégrité primitive le rend aussi mélancolique au sens freudien du terme.

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