If I love them first off
Dans son premier pamphlet paru en 1907, De la liberté sexuelle, l’anarchiste Eugène Armand s’attache à jeter les bases de sa théorie libertaire de l’érotisme à laquelle il donnera ses lettres de noblesse quelques années plus tard ; en 1922, il fonde en effet la revue L’En-Dehors destinée à prôner une nouvelle morale sexuelle.
In a few bruised years
Mais la notion d’amour libre qui se développe de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 60 reste largement et malheureusement tributaire du modèle hétérosexuel dominant ; et ce, malgré la densité des débats. Preuve en est que sur les 40 pages de L’Amour libre qu’il publie en 1925, Eugène Armand ne consacre qu’une dizaine de lignes au fait homosexuel. Sur la question, il adopte un statut positiviste et semble s’en remettre à la science plutôt qu’à l’autorité.
« [Les anachirstes] n’accordent à ces cas aucune attention spéciale et sont d’opinion que l’homosexualité regarde les homosexuels eux-mêmes. » 1
Il étayera son point de vue plus tard dans l’Encyclopédie anarchiste, dirigée par Sébastien Faure, en refusant les analyses dogmatiques :
« trop d’hommes et des femmes homosexuels, par exemple, on montré une santé égale à la normale ou une intelligence dépassant la moyenne (philosophes, stratèges, hommes d’Etat, artistes, poètes, littérateurs […]) pour qu’on puisse parler à leur égard d’une déchéance de la production cérébrale. » 2
Il invite à repenser la question sous un angle nouveau: celui de l’hostilité sociale que l’homosexualité déclenche contre elle et n’a cessé de déclencher au fil des siècles. Pour Armand, l’opinion publique a, dans son histoire, agi en trois phases pour se prononcer sur l’homosexualité: un stade politique, théologique puis esthétique.
Si la doxa homophobe a d’abord été le fait de la population, l’Eglise a vite repris le flambeau. Au dernier stade, celui qu’Armand présente comme une synthèse des deux précédents, il convient de voir en l’homosexualité une question de goût qui se situe à ce titre en dehors de la loi : « un acte n’est pas criminel parce qu’il est dégoûtant. » 3
No-one’s gonna stop me when I feel this way
Il partage avec Havelock Ellis l’idée d’un germe potentiel de l’inversion commun à tous les hommes et, avec les cercles littéraires et intellectuels d’Oxford, une vision romantique et désincarnée héritée des classiques grecs qui voyaient en l’homosexualité un geste de haute valeur morale et esthétique, une forme supérieure de sentimentalité.
Pour Borrillo et Colas, son approche est plutôt progressiste pour l’époque ; elle aura eu tout au moins le mérite de prétendre mettre un terme aux interprétations pathologisantes et psychologisantes et à reconnaître une nature bisexuelle inhérente aux individus qu’il est absurde de vouloir condamner.
Dans son Enquête sur le Sexualisme (L’En-Dehors, n°136), Gérard de Lacaze-Duthiers concluait:
« Je suis contre tous les tabous sexuels. Je suis pour toutes les libérations. Je ne m’effraye d’aucune combinaison d’ordre sentimental ou érotique, estimant que chaque individu ale droit de disposer de son corps comme il lui plaît et de se livrer à certaines expériences. » 4
-
ARMAND Eugène, L’Amour libre, publications périodiques de « La question sociale », BP 66-08120 Bobigny/Meuse, n°11, 1999. Cité dans BORRILLO D. et COLAS D., L’Homosexualité de Platon à Foucault, Paris, Plon, 2005, p. 394»
-
Cité dans BORRILLO D. et COLAS D., L’Homosexualité de Platon à Foucault, op.cit, p. 394.»
-
Cité dans BORRILLO D. et COLAS D., L’Homosexualité de Platon à Foucault, op.cit, p. 395.»
-
Cité dans BORRILLO D. et COLAS D., L’Homosexualité de Platon à Foucault, op.cit, p. 398.»














What do you think about?
Join the discussion