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Posted on mai 22, 2011 - Colours

Which bodies matters

bodies

Dans la tradition héritée de la métaphysique de la substance, le genre est performatif en ce qu’il constitue l’identité qu’il est censé être. Mais il est pourtant évident qu’il n’existe pas d’identité de genre cachée derrière des expressions de genre, pas d’ontologie fondamental. Tout se situe dans le faire, l’acte, le devenir ; les attributs du genre peuvent s’avérer tout à fait dissonants et résister à l’assimilation. Le genre en tant que substance n’existe pas : il n’a jamais été et ne sera jamais une cause de l’existence, mais un de ses effets, le produit d’un certain régime social qui ne veut pas qu’il échappe à la grammaire séquentielle des noms et adjectifs.

Pour Monique Wittig, le seul moyen d’échapper aux fictions serait d’imaginer une « politique post-génitale » 1 de la sexualité qui serait plus diffuse. Dans ce contexte, ce que Lacan nomme la prohibition primaire et Foucault les pratiques régulatrices forment un statut construit de la différence sexuelle mais donnent également à voir la contingence et l’instabilité de leurs fondements. Car il n’existe pas de nature au sens propre, mais seulement des effets de nature 2 . Comme le précise Butler, les question liées à la performativité du genre et à la différence sexuelle ne sont pas tant des questions liées à des causes matérielles que des questions résolument et peut-être surtout liées à des pratiques discursives.

Bodies that Matter

En réalité, cette performativité n’est pas une condition statique, mais bien « un processus par lequel les normes régulatrices matérialisent le sexe et réalisent cette matérialisation à travers la réitération forcée de ces normes » 3 . Cet aspect réitératif prouve par ailleurs que les corps ne se conforment jamais totalement et sont susceptibles de produire des formes de réarticulations mettant à mal l’impératif hégémonique de l’hétérosexualité.

On est au cœur de l’effet le plus productif du pouvoir : « le sexe n’est […] pas simplement ce que l’on a, ou une description statique de ce que l’on est, c’est bien plutôt l’une des normes par lesquelles on devient viable, sans laquelle un corps ne peut être apte à la vie au sein du domaine de l’intelligibilité culturelle » 4. La limite qui définit le domaine du sujet se situe exactement là où commencent les zones abjectes de la vie sociale ; des zones inhabitables mais « qui sont néanmoins densément peuplées par ceux qui ne jouissent pas du statut de sujet » 5.

Le sujet relève précisément de forces d’exclusion ; il se forme sur la base d’ « une répudiation qui produit un domaine d’abjection » 6. Il reste donc, de manière constante, une ligne de menace qui nous démarque et nous remet en question; on ne peut tout à fait contrôler les conséquences de notre processus d’identification.

Ni de notre processus d’assomption qui ne se limite pas à ajouter au sexe des significations sociales de genre, mais le remplace par elles et l’abandonne. Butler parle à la fois d’une transsubstantiation du sexe dans le genre et d’une désubstantation de type matérialiste 7. Le sexe se déplace une fois qu’il a assumé son caractère social au sein d’une culture donnée, soit une fois qu’il est devenu genre. Non seulement il est absorbé, mais pour Butler il devient aussi de façon rétroactive une illusion, un simple fantasme ; il n’est qu’un postulat au sein du langage et n’existe donc dans aucun lieu prélinguistique.

Le sexe n’est donc en soi pas nécessaire au genre qu’il crée, il perd son rôle d’agent responsable de la construction du sujet et n’est construit qu’à tort de manière prédiscursive 8. En fait, pour Butler, il faut aller plus loin et ne plus faire dépendre la construction du sujet d’un « je » ou d’un « nous » qui préexisterait quelque part dans le temps et/ou l’espace.

Talking through the gloom

« L’assomption du genre n’est pas une activité qui puisse, à strictement parler, être décrite comme une expression ou un acte humain, comme une appropriation volontaire » 9. Pour Butler, le fait de s’interroger sur les conditions de notre émergence, ne revient pas à se débarrasser du sujet. Le gendering peut être décrit comme une matrice rendant possible la condition culturelle d’un champ de discours et de pouvoir 10 qui précède à ce qu’on appelle l’humain et le borne à travers un ensemble d’ « effacement radicaux » 11.

Le fait que le sujet soit délimité par ces forces d’exclusions qui hantent ses frontières et produisent de la forclusion violente nous situe au-delà de l’opposition entre constructivisme et essentialisme. Il n’existe pas de dehors constitutif absolu (pas d’être-là ontologique) et tout n’est pas le fruit d’une légitimité discursive. De même que la matrice n’existe pas de façon unique et uniforme ; elle n’est pas déterministe et ne produit pas d’effet en tant que tel. Sous peine de quoi, elle ne serait qu’un substitut du sujet, préexistante et unilatérale.

De fait, il faut en finir avec la métaphysique du sujet et la personnification du social et du langage. Même avec la personnification du pouvoir qui chez Foucault est interprété à tort comme une origine et une action. Précisément parce que « la construction n’est ni un sujet ni ses actes, mais un processus de réitération par lequel apparaissent tant les sujets que leur activité » 12 .

Footnotes – Bibliographical references

  1. BUTLER Judith, Trouble dans le genre, Paris, La Découverte, 2006, p. 100.»

  2. DERRIDA Jacques. Cité BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, Paris, Ed. Amsterdam, 2009, dans p. 15.»

  3. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 16.»

  4. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 16.»

  5. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 17.»

  6. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 17.»

  7. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 19.»

  8. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 20.»

  9. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 21.»

  10. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 21.»

  11. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 21.»

  12. BUTLER Judith, Ces corps qui comptent, op.cit., p. 23.»

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