Trans pride blog: news, trends and gender studies

Facebook Twitter Tumblr Google+ RSS
Let's face it!

Posted on fév 13, 2011 - Colours

Waiting for the next great wound

boysdontcry

Le manque d’inclusivité du thème transgendériste dans les études LGBT n’est malheureusement plus à démontrer. Sur un plan universitaire et médical, des scientifiques comme Magnus Hirschfeld, Havelock Ellis et Harry Benjamin ont pourtant joué un rôle crucial dans la définition et la reconnaissance des personnes transgenres.

Hirschfeld fut le premier à décrire le phénomène du cross-dressing, en montrant que le travestissement était une pratique que l’on pouvait rencontrer chez l’un et l’autre sexe, mais aussi dans chaque orientation sexuelle. En 1923, il fut également le premier à utiliser le terme transsexuel. Vingt ans plus tard avaient lieu les premières opérations dites de réassignation: le britannique Michael Laurence Dillon fut, en 1942, le premier homme trans à avoir recours à la testostérone et la mastectomie. Il put dès lors modifier son acte de naissance et être reconnu de façon officielle. En 1952, la biographie de Christine Jorgensen contribua à amener le débat sur la place publique.

On peut dire que c’est à partir de ce moment-là que sont véritablement nés la transsexualité et le transgendérisme en tant que phénomènes socio-médiaux. Le terme transgenre est apparu dans la littérature dès les années 60, alors que la première clinique du genre était créée à la John Hopkins University de Baltimore.

If you think you’re trapped

En 1966, Harry Benjamin, que l’on considère comme le père de la transsexualité occidentale, publiait son ouvrage décisif sur la question: The transexual phenomenon, le premier texte prèchant, conformément à une nouvelle forme de sexologie de gauche, pour une adaptation du corps à la psyché. Benjamin dressa tout une typologie destinée à mieux identifier les individus trans.

Cette Sex Orientation Scale propose trois groupes et six types permettant de déterminer le degré d’intensité de la désorientation. Au cours de ses recherches ultérieures, il insistera sur l’importance du sexe psychologique et sur la notion de passing.

Ce qu’Ekins et bien d’autres repprochent à la vision de Benjamin, c’est qu’elle encourage la normalisation des personnes. Le processus qu’il envisage a, en effet, pour but de (re)donner naissance à des individus conformes au discours hétéronormatif dominant: pour lui, un transsexuel normal devrait avoir une orientation hétérosexuelle dans son nouveau sexe, aspirer au mariage et à une vie de famille. On peut dire qu’il passe à côté d’une partie de l’humanité trans pour qui il est important de pouvoir être libre; soit de dépasser le binarisme, soit simplement de ressentir les choses d’une autre façon.

« Les médecins sont, en effet, axés sur une harmonie entre le sexe, le genre et la sexualité, et cela n’est possible que si le sexe et le genre coïncident clairement dans ce que Judith Butler appelle la matrice hétérosexuelle » 1, dénonce le rapport de l’IEFH (2009) sur la sitution des personnes transgenres en Belgique.

You want someone new

Encore aujourd’hui, il est extrêmement difficile de s’en remettre à une terminologie précise. Chaque définition est sans cesse remise en cause par la variété des réalités personnelles ressenties ou recherchées. Le terme transgenre n’apparaît qu’à partir de 1980 dans le Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux (DSM). Il s’agit d’un terme regroupant trois grands types de réalités: le travestissement, le transgendérisme et la transexualité. Le DSM IV reclasse par ailleurs le trouble de l’identité de genre comme un trouble sexuel et non plus un simple trouble psychologique.

On définit généralement la personne transsexuelle comme une « personne qui s’estime appartenir à l’autre sexe sur les plans psychologique, social et sexuel. 2 » La transexualité s’apparente à une disphorie entre le sexe de naissance et l’identité de genre, conduisant souvent (mais pas forcément) à un désir de traitement hormonal et/ou d’intervention chirurgicale. Chez un transgendériste, par contre, les identités de genre féminine et masculine sont toutes deux présentes avec la même intensité. Il peut avoir le sentiment d’être autant homme que femme, ni homme ni femme ou tantôt homme tantôt femme.

Pour d’autres, l’identité transgendériste n’est qu’un stade intermédiaire (plus ou moins prolongé) avant un changement complet et médical de sexe. Une vision aussi trompeuse que réductrice.

« Même si une persone a vécu quelque temps en tant que transgendériste, puis subit une réassignation sexuelle complète pour diverses raisons, cela n’enlève rien à la justesse de l’identité transgenre durant la période précédente » 3.

Gooren souligne d’ailleurs que de nombreuses personnes entamant un traitement lié à la transsexualité s’arrêtent à mi-chemin, au stade qui leur convient. Et depuis peu, ces personnes souhaitent être reconnues et traîtées en tant que telles. Ces transsexuels qui ne souhaitent pas une réassignation complète ont besoin d’un suivi adapté et d’un protocole solidement étayé. À terme, il faudra bien que les cercles médicaux, politiques et les assurances se mettent à jour. Mais surtout que les textes de loi acceptent d’ouvrir l’accès au changement de prénom et de sexe sur base de nouveaux critères.

Footnotes – Bibliographical references

  1. Être transgenre en Belgique, Bruxelles, L’Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes, 2009, p. 26.»

  2. Être transgenre en Belgique, op.cit., p. 22.»

  3. Être transgenre en Belgique, op.cit., p. 23.»

What do you think about?

Join the discussion


More in Colours (8 of 54 articles)
symonds2


De nombreux textes philosophiques anglais des XVIIe et XVIIIe siècles établissent un lien de cause ...