Verlaine était-il Jeune Goinfre ?
1. Introduction au sujet des Conneries
Il est fort à parier que Rimbaud a écrit les Conneries en pensant, sinon à un triptyque, du moins à un diptyque clair entre Jeune Goinfre et Paris. Ces deux textes sont totalement inséparables. Le premier ne contient que des rimes féminines (ce qui renvoie largement à son contenu homosexuel). Le second, que des rimes masculines.
Pour Jeune Goinfre et Cocher ivre, la métapoésie zutiste vise le sonnet et le dégonfle à souhait, notamment par la substitution de vers courts asyntaxiques aux alexandrins.
Dans Jeune Goinfre, les procédés se complexifient via la scatologie, le burlesque et l’emploi du prénom Paul qui nous place dans les cercles et cénacles de camaraderie, soit une référence non destinée au grand public.
2. Suites et suppositions : Paul
Il y a bien sûr un clin d’œil plus qu’évident à Verlaine, et l’on serrait tenté de s’en tenir là sans chercher midi à quatorze heures.
Pourtant, c’est l’habitude de voir se superposer les références. Ainsi, Paul revient sous la plume d’auteurs comme Musset, Vacquerie (allusion à Paul Meurice) ou Laforgue (Paul et Virginie ou Paul Bourget ?). Mais il est assez douteux que Rimbaud ait directement tiré sa parodie de ces sources-là.
À noter que Verlaine écrira des années plus tard, dans Jadis et Naguère, le texte Images d’un sous, appelé dans un premier temps Le Bon Alchimiste (lettre à Lepelletier 24-28 novembre 1873).
Il s’agit d’une évocation humoristique de la solitude de Paul après le départ de Virginie. Si l’on suppose que ce bon alchimiste verlainien s’oppose au mauvais alchimiste rimbaldien (Alchimie du verbe), l’on doit renoncer -– non sans joie ! — à voir se profiler l’ombre de Mathilde au profit de celle de l’amant terrible.
3. Les apophtegmes de Verlaine
« Un Paul peut donc en cacher un autre » conclut Murphy. Verlaine lui-même se considérait la cible de Jeune Goinfre. C’est ainsi qu’il avait apposé , en guise de commentaire du texte, des apophtegmes parodiques :
maxime sévère.-
La pédérastie est un cas
Est un cas bandable
P. de Molière[ La polygamie est un cas
Est un cas pendable.]
_____
Autre.
La propériété c’est le viol.
Proudhon.[ La propriété, c’est le vol.]
Dans la première sentence, Verlaine reprend les images obscènes de Jeune Goinfre pour faire mine de critiquer l’homosexualité évidente du texte.
Dans la deuxième, il y a un ensemble de sous-entendus à mettre en évidence. Comme Proudhon, Rimbaud serait un anarchiste. Et d’après certains récits (dont celui de Mallarmé), il subtilisait des objets chez ses hôtes (ce qui montre que la propriété n’avait pas vraiment de statut pour lui).
4. Le bon intertexte : Ratisbonne
C’est dans un autre pièce de l’Album zutique que l’on trouve la cible textuelle -– et nominative — du Jeune Goinfre appelé Paul. Du moins c’est cette pièce, L’Angelot maudit, qui nous met sur la voie de Ratisbonne, auteur de réputation mièvre et bourgeoise.
C’est réellement lui l’intertexte du poème qui nous occupe : Rimbaud y démarque en effet son poème intitulé Le Gourmand en le changeant en « goinfre », et en ajoutant l’adjectif « jeune » pour renvoyer au titre de la section, Comédie enfantine.
C’est précisément là que Rimbaud trouve ce personnage appelé Paul qui : tantôt mange trop de gâteaux dans la section I du poème intitulée Le Baba (d’où une sévère crise de colique), tantôt, dans la section V, trop de bonbons.
La machine parodique opère lorsque Rimbaud pervertit la convoitise innocente du départ. Chez lui, Paul guète l’armoire. Ce qui suggère une préférence marquée pour l’alcool par rapport aux sucreries naïves. Il n’en demeure pas moins que l’effet est le même : puisqu’il boit malencontreusement un liquide laxatif !
On imagine aisément la jubilation de Rimbaud à superposer ce Paul au sien.














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