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Posted on avr 17, 2011 - Colours

Someone else inside me

bete

Pour Alan Bray, l’homophobie dans l’Angleterre de la Renaissance exprimait surtout sa virulence sous une forme théologiée: « elle n’était absolument pas perçue comme faisant partie de l’ordre créé, mais comme faisant partie de sa dissolution » 1 et faisait ainsi l’objet d’un anathème presque délié de sa propre substance; elle n’était une sexualité, ni de droit propre ni de fait.

Mais avant la fin du XVIIIe siècle, une méfiance séculaire commença à s’installer et, avec elle, le début de la cristalisation des liens homosociaux masculins. Les premières persécutions juridiques après la restauration des Stuart avaient un arrière-goût de pogrome.

Comme le soutient Eve Kosofsky Sedwick dans Between Men: « la panique homosexuelle est la forme la plus privée et la plus psychologisée par laquelle de nombreux hommes occidentaux font l’expérience de leur vulnérabilité à la pression sociale du chantage homophobe » 2. Cette panique, historiquement, devait assurer la cohésion et le continuum du privilège masculin tranversal.

Particluièrement au XIXe siècle, alors que le développement des privilèges masculins impliquait des formes d’investissement parfois paradoxales entres hommes, le seul moyen de garantir la condition normale du privilège hétérosexuel était de les acculturer à être manipulés via leur peur de leur propre homosexualité et la menace permanente.

Dans les services armés anglais et américains, on mit en application des lois sévères afin de doser à leur juste mesure d’une part, la prescription des liens forts entres camarades nécessaires aux victoires, et d’autre part, la proscription d’éventuels rapports sexuels. Eve Kosofsky Sedwick parle d’une « panique homosexuelle masculine endémique » et date ce phénomène après la période romantique (émergeant donc plus ou moins un siècle plus tôt).

Weaving down a byroad

Chez certains auteurs du début et du milieu de l’ère victorienne, comme le héros gothique non marié l’avait été un jour, le célibataire devint une nouvelle figure représentative de l’absence de contract hétéronormatif.

Thackeray a ainsi fortement popularisé le personnage du célibataire urbain égoïste, hypocondriaque, accablé et dyspeptique. Comme le souligne Eve Kosofsky Sedwick, le célibataire dans ce genre de littérature est le plus souvent un protagoniste héroïcomique, rendu parodique et affaibli en ce qu’il symbolise « la sape de certaines des possibilités héroïques et totalisantes de l’incarnation générique » 3 .

Lui qui entretient une relation que l’on peut qualifier de corrosive avec le romantisme, remet en question de façon évidente la dichotomie bourgeoise du XIXe siècle entre espace domestique féminin et espace public masculin, tandis que sa fréquentation des boîtes de nuits et des clubs lui ouvre grande la porte du monde des hommes.

Ainsi Pendennis et Batchelor qui tous deux se situent à exacte distance de la bouregoisie respectable et de la bohême flâneuse; et qui préfèrent « l’individualisme masculin atomisé [à la] famille nucléaire » 4. Pour Eve Kosofsky Sedwick, « le point central le plus récurrent de cette littérature tardive est […] la thématisation explicite de l’anesthésie sexuelle de ses héros » 5; qui au fond refusent tout ce qui se rapporte à la sexualité génitale (qu’elle soit dirigée vers des objets féminins ou masculins) et qui assument non sans charme un « caractère camp et confortablement frigide » 6.

That’s my kind of highroad

Dans La Bête dans la jungle d’Henry James, le thème de l’homosexualité masculine est abordé sous la forme de l’absence. L’innomable malédiction de Marcher dans le roman a une signification en apprence vide; mais elle n’est vide que prétendument et qu’à partir du moment où elle est obligatoirement hétérosexuelle et presecrite comme telle. « C’est ainsi que dans la vie de Marcher le secret externe, le secret d’avoir un secret, fonctionne précisément en tant que placard » 7.

Que l’homosexualité soit le seul contenu du secret ou qu’elle n’en soit qu’une des ramifications ne change pas la donne: il s’agit d’un secret « dont la protection requiert de Marcher une performance hétérosexuelle consciente de n’être qu’une simple façade » 8 . Son manque de désir et son ignorance érotique de soi suffisent à créer l’effet du placard; ils laissent s’imposer à lui mais aussi à travers lui les impératifs culturels et sociaux.

Sans le savoir, c’est ce processus d’incorporation de la Loi masculine qui l’éloigne de plus en plus de ses ressentis. A la fin du récit, il décide de rester dans l’ignorance de soi et ce, de manière irrémédiable; il décide dans un acte hautement symbolique de tourner le dos à sa panique et de fermer sa vie au vrai savoir:

« Il reconnut la Jungle de sa vie; il reconnut la Bête aux aguets. Alors, tandis qu’il regardait, il la vit, comme en un frémissement de l’air, se dresser, énorme et hideuse, pour le saut qui allait l’achever. Ses yeux s’obscurcirent – elle était tout près; et, se tournant d’instinct, dans son hallucination, pour l”éviter, il se jeta, tête baissée, sur la tombe » 9 .

Footnotes – Bibliographical references

  1. BRAY Alan, Homosexuality in Renaissance England, New York, Columbia Univ Press, 1995, p. 25. Cité dans KOSOFSKY SEDGWICK Eve, Epistémologie du placard, Editions Amsterdam, Paris, 2008, p. 194.»

  2. KOSOFSKY SEDGWICK Eve, Between Men: English Littérature and Male Homosocial Desire, New York, Columbia Univ Press, 1985, pp. 88-89.»

  3. KOSOFSKY SEDGWICK Eve, Epistémologie du placard, op.cit., p. 200.»

  4. KOSOFSKY SEDGWICK Eve, Epistémologie du placard, op.cit., p. 203.»

  5. KOSOFSKY SEDGWICK Eve, Epistémologie du placard, op.cit., p. 204.»

  6. KOSOFSKY SEDGWICK Eve, Epistémologie du placard, op.cit., p. 204.»

  7. KOSOFSKY SEDGWICK Eve, Epistémologie du placard, op.cit., p. 214.»

  8. KOSOFSKY SEDGWICK Eve, Epistémologie du placard, op.cit., p. 215.»

  9. Cité dans KOSOFSKY SEDGWICK Eve, Epistémologie du placard, op.cit., p. 221.»

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