Saul Steinberg : Illuminations
Du 6 mai au 27 juillet 2008, se tient à la fondation Henri Cartier-Bresson à Paris, une des premières rétrospectives de l’oeuvre de Saul Steinberg : Illuminations.
Roland Barthes lui-même disait de Steinberg :
il ne cesse de nous dépayser, d’enlever aux signes culturels leur patrie: il nous rend à la fois reconnaissables et étrangers; il ne détruit pas la culture, il la subvertit
Son oeuvre ne manque en effet pas d’étonner. Son trait graphique est épuré et sobre, mais il percute à vive allure notre esprit et nos émotions. Il suggère la vive critique, la caricature et l’humour. Tout comme pouvait le faire son maître à écrire et à dessiner, Rimbaud.
D’ailleurs, Steinberg aussi connut l’exil, et l’abandon de devenir un autre. Après des études de philosophie et lettres à l’Université de Bucarest, il partit étudier l’architecture à Milan, entre 1933 et 1940. Là, les lois fascistes italiennes le pousseront à émigrer vers les États-Unis. Actif dans la revue anti-fasciste Bertoldo, il dut attendre un an à Saint Dominique avant d’obtenir son visa pour l’Amérique.
Dès son arrivée, il commence à publier dans le New Yorker, une association qui perdurera pendant près de soixante ans. Ce qui représente : 90 couvertures du magazine et 635 schémas. En tout, 1200 de ses oeuvres paraîtront.
Il fréquente des artistes comme Vladimir Nabokov, Saul Bellow, Le Corbusier, Alberto Giacometti ou Henri Cartier-Bresson. En 1946, il participe à l’exposition Fourteen Americans au Museum of Modern Art, qui présente quatorze artistes américains émergents, dont Arshile Gorky et Mark Tobey. Seinberg expose ensuite à Paris, Londres, Milan.
À partir de 1959, il travaille sur base de masques fabriqués en papier kraft, symboles de la rigidité de l’identité sociale. Devant l’objectif de la photographe Inge Morath, il endossera lui-même plusieurs personnages caricaturaux de la vie quotidienne. Chacun porte un masque, réel ou métaphorique.
Virtuose maîtrisé, il invente une calligraphie où l’écrit prend valeur de dessin. Son art est à la fois ironique et affectif. Sa poésie graphique est légère en apparence, mais lourde de sens : il dénonce l’emprise de l’argent, les rêves holywoodiens, les travers et l’hypocrisie, la prétention. Il utilise le bois, le caoutchouc, le crayon, le fusain, l’huile, la gouache, l’aquarelle ou encore le collage.
Il confia à Aldo Buzzi (Ombres et Reflets, Christian Bourgeois éditeur, 2002) :
Une poésie a besoin des étrangetés du vers pour ne pas sembler sottement prétentieuse. Comme certaines danses exigent masques ou costumes. Et moi, j’ai toujours pensé qu’on ne peut énoncer certaines choses qu’en les transformant en canulars, en calembours. En bizarreries. Ce qu’on appelle l’humour en somme. Il faut travestir la vérité pour la faire admettre, pour se la faire « pardonner »
En 1986, il fabrique une bibliothèque autobiographique. Les étagères contiennent des livres en bois, dont les titres symbolisent les différents moments de sa vie : Jules Vernes en roumain, Jack London en italien, un manuel de pidgin, un volume de la revue humoristique L’Assiette au beurre.

















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