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Posted on mar 9, 2008 - Non classé

Poèmes de 1871 – Histoire des manuscrits

lafontaine

1. Les deux lettres du Voyant

Celle du 13 mai, adressée à Izambard (avec Le Coeur supplicié), est publiée en 1928 dans la Revue européenne. Après la mort d’Izambard, elle fut achetée par Henri Saffrey.

Celle du 15 mai, adressée à Demeny (avec Chant de guerre parisien, Mes Petites amoureuses et Accroupissements), rejoint la liasse de l’automne passé. Elle sort donc de l’ombre en 1891, passe aux mains de Darzens, puis de Genonceaux avant de disparaître en Belgique.

Pour en savoir plus à ce sujet : l’histoire des manusrits du Recueil de Douai.

Darzens récupére le manuscrit et le céde en 1905 au collectionneur Henri Saffrey. En 1969, c’est le libraire Jean Hugues qui en devint propriétaire.

En mars 1998, la Bibliothèque nationale de France la préempte aux enchères pour 300 000 francs.

Les lettres de juin

En juin, Rimbaud envoie une nouvelle missive à Demeny, accompagnée des Poètes de sept ans et des Pauvres à l’église. Le manuscrit suit le chemin de la lettre précédente.

Il écrit encore à Banville. On ne retrouve la lettre et le poème Ce qu’on dit au Poète à propos de fleurs que vers 1925, dans les archives de l’auteur.

Marc Coulon la publie avant de la céder au ministre Barthou. Celui-ci la relie dans son exemplaire personnel de l’oeuvre de Rimbaud. Le tout est mis en vente en novembre 1935, et acheté par le libraire Ronald Davis.

Elle est aujourd’hui conservée dans une collection inconnue.

3. Le dossier Verlaine

À partir du mois d’août, le seul correspondant régulier est Verlaine. Les textes que Rimbaud joint à sa première lettre à Verlaine sont recopiés de la main de Delahaye : Les Effarés, Accroupissements, Les Douaniers, Le Coeur volé et Les Assis.

Même chose pour la seconde lettre : Mes Petits amoureuses, Les Premières Communions et Paris se repeuple (L’Orgie parisienne).

Ces copies de Delahaye sont aujourd’hui perdues.

Heureusement, les textes sont sauvés. Verlaine prend soin de les recopier et de les classer. Dès son arrivée à Paris, Rimbaud lui confie encore : Le Juste restait droit… (L’Homme juste), Les Mains de Jeanne-Marie, et plus tard, Les Déserts de l’Amour. Tous ces textes sont inclus dans un dossier.

Ce dossier Verlaine passe dans les mains de Jean-Louis Forain. Sans doute en avril 1872, lorsqu’ils durent ensemble libérer la chambre de la rue Campagne-Première pour échapper à Mathilde Mauté, la future-ex-Madame-Verlaine.

En 1874, lorsque Forain doit partir au service militaire, Rimbaud est hors de portée et Verlaine en prison. Il décide de confier la liasse à son ami le poète Bertrand de Millanvoye.

Celui-ci en oublie complètement l’existence jusqu’à ce qu’un journaliste, Georges Maurevert, l’interroge en 1898 sur Verlaine et Rimbaud. Maurevert copie quelques textes qu’il soumet à Delahaye. Cela facilite la publication dans La Revue littéraire de Paris et de Champagne en octobre 1906 : L’étoile a pleuré rose…, Les Douaniers, Les Soeurs de charité.

Ces textes seront repris en 1908 par la Revue d’Ardennes et d’Argonne, puis en 1911 par Propos.

4. Les premières éditions

Paterne Berrichon, le beau-frère de Rimbaud, remonte la piste et décide d’acheter les manuscrits qu’il croit alors autographes. Il fait appel à Barthou qui négocie adroitement une transaction sous prétexte que le dossier n’est pas complet : absence des feuillets 3 et 4 qui devaient contenir Les Chercheuses de poux et le début de L’Homme juste; des feuillets 9 et 10 où avait été l’original des Mains de Jeanne-Marie; et des feuillets 13 et 14 avec la copie du Bateau ivre.

Les textes seront reproduits en facs-similés pour Albert Messein, successeur de Vanier. Il fit paraître L’Homme juste au Mercure de France, sous les livraisons du 16 septembre 1911 et du 1er mai 1914. Et pour finir, l’ensemble dans les Oeuvres complètes, en 1912, avec une préface de Paul Claudel.

Barthou fait relier le dossier Verlaine dans l’édition originale des Illuminations (La Vogue, 1886), ainsi que la copie par Verlaine du Bateau ivre et de deux poèmes ultérieurs Comédie de la Soif et La Rivière de Cassis. Comment se les est-il procurés ?

Lors de sa succession, l’ensemble passe en vente en novembre 1935. C’est en faveur de Mendel Mircea. Il légua le dossier à la Bibliothèque nationale de France , qui put l’accepter en 1985.

5. Les textes manquants

Le manuscrit manquant, Les Mains de Jeanne-Marie (feuillets 9 et 10) réapparaît en 1918, lorsqu’un certain Raoul Bonnet le présente à Berrichon pour authentification.

À cette occasion, Berrichon en prend une copie et publie le texte chez l’éditeur Au Sans Pareil, en mai 1919.

Le manuscrit, après négociations, fut acheté par le collectionneur André Bertaut. Ensuite, en avril 1957, il passe en vente relié à l’édition originale. Il fut préempté par la Bibliothèque nationale de France.

Oraison du soir, lui, était chez Léon Valade, ancien complice du Cercle Zutique. On retrouva le manuscrit dans ses archives. Les héritiers l’offrirent à la Bibliothèque municipale de Bordeaux.

6. Les autres copies de Verlaine

Enfin, il existe de ces poèmes de 1871 d’autres copies de Verlaine. En effet, en 1882, celui-ci avait contacté des amis dans l’espoir de retrouver son dossier. Il préparait une édition des oeuvres.

Il dut recevoir de Valade une copie d’Oraison du soir et du Bateau ivre; de Blémont, une copie des Voyelles; de Jean Aicard, peut-être une des Effarés. D’autres, il obtint pêle-mêle : Les Assis, Les Premières Communions, Paris se repeuple.

Il publie le tout dans son essai des Poètes maudits, en 1884. À la fin de ce texte, il lance un appel pour retrouver tous les autres manuscrits perdus perdus. Il reçut un beau jour Tête de faune et Les Premières Communions.

La plupart de ces copies ne sont pas localisés à ce jour, si ce n’est cette dernière qui entra dans la collection Doucet. Elle est aujourd’hui conservée à la bibliothèque littéraie Jacques Doucet.

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