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Let's face it!

Posted on nov 28, 2010 - Colours,Farmlands

Please, let me get what I want

letme

« Refuser aux normes le soin de définir ce qu’est une vie viable », voici dans les grandes lignes le geste critique de Judith Butler. C’est-à-dire, dénoncer à quel point les normes éthiques et sociales réduisent un certain nombre de désirs et d’identités à leur propre impossibilité — non pas tant comme des tares morales ou sexuelles, mais comme des « monstruosité épistémologiques ».

Tâchons de ne pas être trop gouvernés

Pourquoi est-ce si difficile? Pour Butler, le sujet n’est pas une entité première, mais bien l’effet d’une série d’intériorisations de normes. Une norme n’est donc pas uniquement un champ transcendantal ou social qui s’autorise le droit d’interdire ou de légitimer: une norme rend aussi le sujet « indiscernable de ses allégeances », elle le définit et en fait une cible parfaite. En d’autres termes, chaque individu est tel qu’il est parce qu’il fait appel à la socialité des normes qui le précèdent et le dépassent.

Dans ces conditions, mettre en suspens le pouvoir de sanction des normes s’avère être une tâche exigente qui nécessite de s’interroger sur leur provenance et de reformuler leur exigence initiale. C’est précisémment dans ce contexte qu’il faut envisager le débat du genre chez Butler.

Car libérer les sujets du pouvoir des normes, c’est d’abord les libérer d’eux-mêmes, et défaire les règles du jeu qui leur ont été imposées dès la naissance. Faire apparaître la contingence de ces règles, c’est empêcher qu’elles disqualifient arbitrairement ceux et celles qui se situent « hors champs ».

Les travestis et les drags sont les personnes qui travaillent sans doute le mieux au corps cette dite contingence, en révélant « implicitement la structure imitative du genre lui-même » et en créant une nouvelle liberté à l’intérieur d’un jeu en apparence circonscrit. Cette logique de la performance prend le pas sur celle de la norme sociale dominante et resignifie la réalité.

Mais malheureusement, pas à partir de rien: l’oeuvre de Butler rend compte de cet imaginaire toujours contraint d’emprunter aux normes qu’il prétend pourtant renverser; « l’attachement aux normes » crée des processus nécessairement douloureux pour qui veut les dépotentialiser.

Chez Butler, toute construction du sujet passe par un deuil — le deuil de la politique identitaire. L’inscription d’un individu dans un genre, un sexe, un désir participe de la revendication de soi; mais encore faut-il admettre que ce positionnement résulte de la perte d’un (autre) désir. La mélancolie du genre, chez Butler, peut être résumée ainsi: « s’identifier, c’est perdre, mais sans savoir ce que l’on a perdu. »

Je ne désire pas, donc je suis

Le genre butlérien est l’instrument par lequel le sexe est construit retrospectivement. C’est ce que nous rappelle précisémment Michaël Foessel: « l’identité sexuelle et sexuée […] est une construction culturelle généralement assumée par les sujets, […] elle se présente comme un acte, non comme une donnée intangible. »

Comment expliquer qu’un acte deviennent ainsi l’objet d’un attachement? Ce serait, pour Butler, par l’intervention d’éléments pulsionnels à l’oeuvre dans le processus de subjectivation des individus. La mélancolie suppose une perte forclose, niée. L’identité (notamment les positions de masculin et de féminin) résulte d’une condamnation de certaines possibilités d’amour, ce qui rend le deuil impossible.

Est majoritairement concerné le désir homosexuel qui, pour Butler, précède (précisémment parce qu’il est interdit) le schéma oedipien. Cette thèse a de quoi faire grincer les dents de plus d’un psychanalyste: « l’hétérosexualité est produite non seulement à travers la réalisation de l’interdit de l’inceste, mais, avant cela, par la mise en place de l’interdit de l’homosexualité. »

Le genre fait l’objet d’un attachement dans la mesure où il intériorise la perte d’un désir (le plus souvent homosexuel) sous la forme d’une identité. Il n’est donc pas une affirmation mais une privation. Il est le plus souvent vécu comme une obligation parce qu’il repose sur la perte d’un désir forclos. Toute position subjective suppose une finitude qui est en soi mortifère.

La violence qu’un sujet manifeste à l’encontre de tout ce qui menace son identité sexuée et sexuelle tire son énergie de la culpabilité mélancolique. [...] « Son désir sera hanté par la terreur de ce qu’il désire, si bien que son désir sera aussi et toujours une sorte de terreur »

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