Les mouvements homophiles des années 50
En Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis, l’émergence de groupes de pression homosexuels luttant pour des changements politiques concrets ont marqué la fin des années 50. Partant du principe que l’ignorance était seule responsable des intolérances à leur égard, ces groupes ont décidé de travailler au corps les préjugés et les stéréotypes.
Mais avec le bémol de chercher à dissoudre leurs spécificités dans le conformisme en voulant montrer leur adhésion aux valeurs sociales dominantes. Leur principale priorité étant la réforme des lois répressives, ils adoptèrent volontairement cette attitude. Leur but était double: promouvoir la recherche scientifique sur l’homosexualité et faire la preuve de leur respectabilité sociale.
Gay is good?
« We know we are the same » affirma, en 1953, un membre de la Mattachine Society, un de ces premiers groupes auto-proclamés « homophiles » à voir le jour aux Etats-Unis; sous l’impulsion de Harry Hay, un militant communiste qui n’approuvait pas l’attitude de son parti en matière de gestion de la sexualité. Hay structura le mouvement sur le modèle des organisations révolutionnaires, avec la création de cellules secrètes et une hiérarchie stricte. Son idée était la suivante: lutter à l’avant-garde pour la défense de toutes les minorités opprimées.
Fort de sa victoire pour faire libérer un homosexuel piégé par un policier en civil, la Mattachine Society ne tarda pas à multiplier ses actions et ses implantations. Ce développement ne se fit pas sans mal: les tensions internes eurent finalement raison du militantisme radical de Hay.
La même stratégie assimilationniste fut le fer de lance des Daughtersof Bilitis et des magazines ONE, Die Insel, Der Kreis, Der Ring ou Hellas qui relayèrent eux aussi cette idée de compatibilité des homosexuels avec des institutions aussi reconnues et conventionnelles que le foyer, l’Etat et l’Eglise!
Réunions, dîners, et lieux de rencontre. Chaque activité devait démontrer que les homosexuels n’étaient ni des malades ni des criminels. La seule exception fut hollandaise. À Amsterdam, un mouvement homophile organisa des soirées dansantes et ouvrit même un bar, à partir de 1946. Ce qui est sûr, c’est que les saunas et les magazines de culture physique évoluaient de leur côté, d’une autre manière, et suscitaient la désapprobation de ces groupes nouveaux.
La subculture des tantes et des tapettes restait le fait de lieux clandestins. Ainsi, le quartier Saint-Germain-des-Prés à Paris qu’André Baudry essaya de défendre en dénonçant « ces caricatures, ces marchands d’amour ou d’étreintes, ces exhibitionnistes, ces garçons qui n’ont plus rien d’un garçon ».
Pour Domenico Rizzo, même si les mouvements homophiles rejetaient l’efféminenment, ils n’arrivèrent pourtant pas à promouvoir un modèle virilisant:
« L’abandon des dichotomies du type mâle/tapette, ouvrier/bourgeois demandait une modification des habitudes qui ne se réaliserait que plus tard, d’une façon qui ferait paraître extrêmement réactionnaires les idéaux homophiles ».
Si bien que le magazine Der Kreis se retrouva dans l’impossibilité de continuer ses publications. En 1965, le nombre d’abonnés avait diminué d’un quart. On entrait de plein pied dans une nouvelle ère qui allait laisser sur le carreaux les activistes austères et bien-pensants.














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