L’érotique homosexuelle de Platon
Une partie de l’œuvre de Platon peut être lue comme une large et vaste réflexion érotique. Des pensées philosophiques qui proposent et célèbrent une forme suprême de l’amour: celle-là même qui permet à l’âme d’atteindre l’immortalité et d’accéder à un stade de développement absolu. Cette philosophie amoureuse a comme but ultime de dépasser l’univers sensible mais ne renie pas pour autant l’importance du plaisir et du désir charnel.
La magique étude du bonheur
Dans cette perspective, Platon n’aborde la question de l’amour que sous la forme de la pédérastie et de l’homoérotisme masculin qu’il faut comprendre comme l’attirance sensuelle mais aussi spirituelle d’un éraste (homme mûr) pour un éromène (jeune homme). À l’âge d’or, la pédérastie était institutionnalisée dans la cité grecque: le clivage hétéro/homosexualité n’existait pas. Seul l’attrait exercé par la beauté régissait les relations entre les partenaires, indépendamment de la question du sexe/genre.
Mais les relations entre hommes étaient malgré tout codifiées et donc soumises à certaines restrictions: la pédérastie impliquait obligatoirement une relation hiérarchique au sein de laquelle le plus âgé devait être viril et actif, et le plus jeune féminin, passif et obligatoirement imberbe. De même, la pénétration était interdite et la relation physique ne pouvait être qu’intercrurale. Dans cette perspective, l’éraste était un homme marié et l’éromène devait aspirer à la même chose selon un principe d’évolution. Dans l’Antiquité, il est impensable que deux hommes du même âge se mettent en couple et entretiennent des relations sexuelles alternées.
Prendre âme et corps
Dans Le Banquet et le Phèdre, comme le soulignent très justement Borrillo et Colas dans leur anthologie critique L’Homosexualité de Platon à Foucault:
« C’est précisément l’émotion qu’éprouve un homme mûr pour un garçon réunissant la grâce du corps et la beauté de l’âme qui est à la base de l’exercice philosophique. »
C’est ainsi que Pausanias (l’éraste d’Agathon) évoque l’existence de deux Eros distincts:
- 1. Celui qui provient d’Aphrodite populaire, dont aiment les hommes et les femmes vulgaires et qui ne s’adressent qu’au corps
- 2. Celui qui provient d’Aphrodite céleste, dont aiment les pédérastes
Selon lui, ce deuxième Eros exclusivement homosexuel est gardien de la démocratie athénienne, alors que chez les barbares et les tyrans il est considéré comme quelque chose d’honteux. Sur ce point précis, il rejoint les paroles de Phèdre:
« Si donc il y avait moyen de former un Etat ou une armée d’amants et d’aimés, on aurait la constitution idéale […] et s’ils combattaient ensemble, de tels hommes, en dépit de leur petit nombre, pourraient presque vaincre le monde entier. »
C’est aussi dans Le Banquet qu’Aristophane revient sur les origines mythologiques du désir amoureux. Pour les Grecs, il existait au commencement trois espèces d’êtres humains. À savoir, les hommes, les femmes et les androgynes qui avaient la particularité d’avoir leurs membres dédoublés : tête, bras, jambes mais aussi sexe. Pour les punir d’avoir essayer de combattre les dieux en s’élevant jusqu’au ciel, Zeus les coupa en deux pour les affaiblir. Et depuis, chaque individu ère dans l’espoir de retrouver sa partie manquante.
- 1. L’androgyne originel cherche le sexe opposé
- 2. La femme originelle cherche le sexe féminin
- 3. L’homme originel cherche le sexe masculin
Dans le discours d’Aristophane, l’être originellement masculin qui aime les hommes est moralement supérieur et plus digne et, par sa double nature mâle, se consacre au gouvernement de la polis.
Plus loin, on peut encore lire la discours de Socrate pour qui il existe deux façons d’atteindre l’immortalité. La première est le simple enfantement biologique. Mais la deuxième relève proprement d’une dimension métaphysique. Encore une fois, il s’agit de ceux qui fécondent leur âme grâce à la beauté absolue des jeunes hommes. Ce sont eux qui sont capables d’accéder à la science des sciences.
Le second Platon
Malheureusement, dans ses récits ultimes, Platon condamnera ouvertement l’amour entre hommes, n’y voyant plus la sublimation de la vérité et de la sagesse mais bien l’expression d’un acte contre-nature. L’expression est lancée et l’on connaît son impact tristement majeur sur l’histoire de la morale sexuelle en Occident.
En fait, ce vieux Platon n’a plus en tête l’ascèse philosophique mais bien quelque chose d’un tout autre ordre: la bonne gouvernance et l’ordre domestique. Dans les Lois, il n’hésite pas à jeter l’anathème sur quiconque ferait un usage infertile de sa semence et cède, ainsi, à une vision biologisante de l’amour et de la sexualité, tout comme le fera plus tard Aristote.
En réalité, cette condamnation de l’homosexualité n’aura eu aucun impact sur la société hellénique de son temps qui s’était, de toute évidence, dotée de dieux homosexuels pour créer des modèles à sa propre image et qui n’était pas encore prête à perdre cette bonne conscience. Il faudra attendre la rencontre de ces textes platoniciens de deuxième génération avec la Bible juive pour constater un réel impact négatif dans la perception de l’homosexualité.














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