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Posted on mar 9, 2008 - Non classé

Le Recueil de Douai (1870) – Histoire des manuscrits

lafontaine

Notes de lecture

JEANCOLAS Claude, Rimbaud, l’oeuvre intégrale manuscrite, Paris, Textuel, 2004.
Volume 3 : « Transcriptions, caractères et cheminement des manuscrits »

Tables des paragraphes

1. Le lot d’Izambard
2. La lettre à Banville
3. Le cahier Demeny

1. Le lot d’Izambard

Georges Izambard fut le premier collectionneur des manuscrits de Rimbaud. Il se vit en effet offrir assez promptement Opéhlie, Ce qui retient Nina (Les Réparties de Nina), À la musique, Comédie en trois baisers (Première soirée), Vénus Anadyomène,.

Izambard classa ces autographes dans une boîte et ne les ressortit qu’en 1885 à la demande de Verlaine, qui préparait l’édition des Oeuvres complètes chez Vanier.

Mais ce prêt à l’éditeur s’éternisa et Izambard dut assigner Vanier devant un commissaire de police pour récupérer son bien. À l’arrivée, plusieurs furent manquants.

Cet ensemble des années collège réapparut en 1920 dans la collection Lucien-Graux .

Cette collection fut mise en vente en juin 1957 par sa veuve. Un lot de sept poème reliés de maroquin dont 5 avaient appartenu à Izambard fut acheté 6 220 000 francs par un libraire parisien, Jacques Guérin : Le Forgeron, À la musique, Ce qui retient Nina, Comédie en trois baisers, Ophélie et deux autres postérieurs à savoir Mémoire et Est-elle almée?… .

2. La lettre à Banville

Après sa toute première publication dans La Revue pour tous, le 2 janvier 1870, avec Les Étrennes des orphelins, Rimbaud eut l’audace d’un envoi à Théodore de Banville. Il avait dans l’espoir de voir son nom dans les pages du très glorieux Parnasse Contemporain.

Le courrier est adressé à l’éditeur Alphonse Lemerre (passage Choiseul) et contient trois poèmes : Par les beaux soirs d’été… (Sensation), Ophélie et Credo in unam (Soleil et Chair).

« Cher Maître, à moi : levez-moi un peu : je suis jeune : tendez-moi la main… »

Banville conserva la lettre sans y répondre. On retrouva l’envoi 30 ans après sa mort dans ses archives, en 1920. C’est à ce moment que Louis Barthou l’acquit.

Sans que l’on connaisse les clauses de l’accord, la lettre passa chez Jacques Doucet quelques années après. Celui-ci ayant légué sa bibliothèque à l’université de Paris, la missive se trouve aujourd’hui à la bibliothèque Sainte-Geneviève (bibliothèque littéraire Jacques Doucet).

3. Le cahier Demeny

Fin août 1870, Rimbaud fait la connaissance de Paul Demeny, jeune poète déjà publié. Il est en fugue à Douai.

Pour lui et dans l’espoir de séduire son éditeur, Rimbaud recopie presque tous les textes qu’il a composés cette année-là. Il commence toujours sur le recto et poursuit au verso sans discontinuer. Seuls Sensation et Morts de Quatre-vingt-douze… sont en verso.

Les pliures étudiées sur les feuillets montrent que Rimbaud transmettait ses poèmes au compte-goutte, en commençant par ses préférés et terminant par les plus classiques et les plus fastidieux comme Le Forgeron et Soleil et Chair.

Il part ensuite sur les sentiers belges. En route, il écrit Le Dormeur du val, Au Cabaret-Vert, La Maline, L’éclatante victoire de Sarrebrück, Rêvé pour l’hiver, Le buffet et Ma bohême. Initialement tracés au crayon, Rimbaud les recopiait ensuite à l’encre. De retour à Douai, il ajouta les dates et remit la liasse à Demeny en une seule fois.

La tradition éditoriale garde cet ordre de reliure voulu par l’auteur. Tous ces manuscrits de septembre et octobre restèrent chez Demeny, qui ne les brûla pas malgré la demande acharnée de Rimbaud.

Une quinzaine d’années plus tard, Demeny — alors devenu directeur de la revue poétique La Jeune France — vend l’ensemble à Rodolphe Darzens, qui souhaitait écrire un article sur Rimbaud, appelé désormais « le disparu ».

Ensuite, Le Dormeur du Val et Le buffet seront prêtés à Lemerre pour son édition de l’Anthologie des poètes français du XIXe sicèle, en 1888. Dans son article pour la Revue indépendante (en janvier 1889), il publie quelques autres poèmes : Sensation, À la musique, Le Mal et Ma bohême.

L’année suivante, le 15 mars 1890, Au Cabaret-Vert paraît dans La Revue d’aujourd’hui. Ayant obtenu quelques grâces auprès d’Izambard, Darzens envisage une édition des oeuvres complètes. Il confie alors les fruits de sa récolte à l’éditeur Léon Genonceaux. Celui-ci publia le tout sans le prévenir, en novembre 1891.

Les notes de Darzens, qui étaient assez caricaturales, firent scandale. Il dut retirer les exemplaires de la vente pour limiter les dégâts. Genonceaux était déjà en fuite pour un ouvrage licencieux : les manuscrits le suivirent clandestinement jusqu’en Belgique et jusqu’en Angleterre.

Sur la page de garde, quelques indications écrites en anglais suggèrent une mise en vente. Les feuillets ont refait leur apparition dans la collection Pierre Dauze , qui les fit relier sous toile rouge.

Lors de la vente de sa succession, en mai 1914, c’est l’écrivain autrichien Stefan Zweig qui fut preneur. Les autographes passèrent ainsi de nombreuses années à Vienne et Salzbourg. Malgré son exil, Zweig garda le volume avec lui. Après son décès, il passa dans la belle-famille, les Altmann.

C’est en 1986, que les textes entrèrent par donation à la British Library de Londres.

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