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Posted on août 21, 2010 - Colours

L’inversion sexuelle dans l’Amérique de la fin du XIXe siècle

freddy

Aux États-Unis, les relations homosexuelles entre personnes issues de la classe moyenne blanche bénéficiaient d’un certain anonymat, mais on ne peut pas en dire autant des gays et des lesbiennes de couleur ou des homos vivant dans les quartiers pauvres des grandes villes américaines. Ces couples n’étaient malheureusement pas protégés par les convenances.

Les médecins et les chercheurs commençaient à s’intéresser à ces pratiques sexuelles considérées comme « perverses », et donc à les montrer du doigt. Plus particulièrement les hommes efféminés et les femmes masculines, qui étaient porteurs des symptomes d’une maladie plus globale: l’inversion sexuelle, le fait d’avoir le sentiment et la conviction d’appartenir au genre du sexe inverse de celui assigné à la naissance.

Ce n’est qu’à partir de 1892, suite aux études européennes relatives à la sexologie, que fut introduit le terme « homosexualité » dans les textes médicaux américains. L’homosexuel est alors celui dont « l’état mental général est celui du sexe opposé ». Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que les scientifiques fassent la distinction entre le concept de sexualité entre personnes de même sexe et celui des identités et des comportements transgenres.

Dans l’édition de 1915 de son Inversion sexuelle, Henry Havelock Ellis reconnaît l’existence d’une véritable subculture homosexuelle dans les grands villes:

« Il s’agit d’une communauté très organisée qui a son vocabulaire, ses coutumes et ses traditions spécifiques, et chaque ville a de nombreux lieux de rencontre ».

À New York et Philadelphie, les invertis se retrouvent dans la rue, les bals pour travestis ou les jardins publics attenant aux bars. À Washington, c’est la même chose, notamment chez les Afros-Américains. Les rapports de police des années 1890 indiquent que des hommes blancs aussi bien que des noirs étaient régulièrement arrêtés pour s’être adonné à la fellation, particulièrement dans le Lafayette Square, en face de la Maison-Blanche.

À la fin du XIXe siècle, cette subculture s’est installée partout sur le continent américain. À Toronto, Mexico, La Havane, Rio de Janeiro ou encore à Buenos Aires où les cofradia (confraternité) accueillaient et souvent recueillaient des hommes ayant « jeté le chausson », selon un sexologue argentin. Ils ont leur propre argot et leurs codes corporels pour se distinguer des autres hommes dans la rue, les parcs, les lieux de divertissements.

À Rio de Janeiro, les lois brésiliennes prohibent le fait de « masquer son sexe en portant des vêtements inappropriés » et mettent ainsi en danger la grande majorité des travestis et des transgenres. À Mexico, en 1901, la police fit une descente surprise dans une fête privée et arrêta une quarantaine d’homosexuels, dont la moitié étaient habillés en femmes. La majorité d’entre eux furent condamnés aux travaux forcés et les journaux en firent des gorges chaudes: nombre d’entre eux avaient une position sociale privilégiée. Le tapage médiatique, les caricatures prirent des allures de scandale national: le scandale des quarante et un.

Pour Brett Genny Beemyn, ces hommes et ces femmes « créèrent des communautés qui n’étaient pas fondées uniquement sur une orientation sexuelle commune, mais aussi sur le sentiment partagé d’être différentes des autres. »

De fait, le discours des sexologues qui reconnaissait enfin l’existence d’identités sexuelles spécifiques et le le fait de porter sur la place publique le thème de l’homosexualité les aidèrent, en quelque sorte, à se reconnaître, à mieux se comprendre et à rechercher le contact de leur culture et de leur communauté.

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