L’authenticité sexuelle chez Beauvoir
L’essentiel de la thèse beauvoirienne défendue dans le Deuxième Sexe vise à refuser le déterminisme anatomique et social et à libérer la femme et l’homme de leurs destins physiologique respectifs: par-delà les différenciations naturelles, il est possible de penser la liberté comme une exigence morale. Chaque individu peut choisir son rapport au monde, sa facticité.
« Il n’y a pas d’autre justification de l’existence présente que son expansion vers un avenir infiniment ouvert. »
La liberté comme gage d’authenticité
De ce fait, les homosexualités ne peuvent être pensées biologiquement puisqu’elles ne constituent pas un fait brut comme les autres réalités physiques de ce monde — ce qui, par ailleurs, vaut aussi pour la différence des sexes. Beauvoir refuse dans leur ensemble tous les essais de catégorisation. Pour la philosophe, les êtres humains ne sont pas réductibles à leurs caractéristiques intrinsèques; ils sont perméables à leur propre liberté, et en ce sens, susceptibles de réinvestissements. Les homosexuels ne sont ni dans l’échec, ni la perversion.
En convoquant des psychanalystes tels que Deutsch ou Steckel, elle propose un nouveau critère de lecture: l’authenticité. Selon ce principe, le sujet n’est limité à aucun répertoire donné. On rejoint ici le concept de mauvaise foi chez Sartre: un sujet inauthentique est celui qui se cache à lui-même, et refuse donc ses désirs homosexuels. Or, se libérer, c’est se libérer des autres et dissoudre l’enfer qu’ils représentent: être pour soi, en dépassant l’en soi.
Cette exigence absolue de liberté a conduit Simone de Beauvoir à désapprouver les femmes lesbiennes regroupées : une façon, selon elle, de rester prisonnière des autres et, surtout, de créer des formes nouvelles de contrainte et d’aliénation. Cette propension à former des groupes va à l’encontre de cette nécessité constante que le sujet à de lutter; pour ne soumettre sa conscience à aucun rôle, aucune image et aucun renoncement.
En d’autres termes, « l’homosexualité ne peut en elle-même constituer un affranchissemnt, même si elle peut s’ancrer dans une volonté de libération ».
Rappelons-nous que, pour Beauvoir, « masculin » et « féminin » sont des catégories qui résultent d’une définition sociale. Elle reproche ainsi très largement à la psychanalyse de les avoir considérées à tort comme des essences.
Splendeurs et misères
Une conception sexuelle trop tiède pour Antoinette Fouque qui luttait, au contraire, pour une spécification de la femme, de son corps et de son mode d’être au monde. Pour certaines de ces féministes, cette spécificité doit d’ailleurs être considérée comme une supériorité. Ce n’était assurément pas la position de la codirectrice des Temps modernes.
La seule forme de différenciation des sexes envisagée par Beauvoir est contextuelle et non naturelle. Il est évident qu’elle reconnaît un mode d’être au monde différent pour les femmes, mais précisémment et seulement parce que leur situation est en cela le produit de la société capitaliste telle que peuvent la décrire Marx ou Engels.
Si la femme homosexuelle peut bénéficier d’une relative plus grande liberté, elle n’en est pas moins elle aussi soumise à des contraintes lourdes comme « l’attente qu’ont les autres qu’une femme veuille être mère par exemple.»
« Débarassée de la recherche des essences, la philosophie doit penser les conditions de possibilité de réalisation de la liberté ».














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