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Posted on mar 27, 2011 - Colours

How do you rise above

riseabove

Pour Teresa De Lauretis, poser la question du genre en termes de différenciation stricte et rigide revient à la confiner « dans le cadre d’une opposition conceptuelle qui est toujours déjà inscrite dans ce que Frederic Jameson appellerait l’inconscient politique des discours culturels dominants et de leurs récits maîtres sous-jacents » 1. Elle invite à penser l’individu en-genré dans l’expérience ; « un sujet qui n’est pas unifié mais plutôt multiple, et non tant divisé que contradictoire » 2 .

En se situant à exacte distance les uns des autres, par rapport à des catégories en apparence complémentaires et qui fonctionnent à l’intérieur d’un système symbolique et sémiologique, ces sujets en-genrés ne sont pas soumis comme le croit la sagesse populaire à une opposition de fait à l’intérieur même du système sexe/genre. Ce mouvement a lieu au contraire dans un nouvel espace discursif : le hors-champ, la marge, la contre-pratique. Les sexualités lesbiennes et gaies, pour De Lauretis, doivent être comprises « comme des formes de résistance à l’homogénéisation culturelle, contrant les discours dominants à l’aide d’autres constructions du sujet dans le culture » 3 .

Elle parle d’une véritable technologie (techno-logie) à déconstruire en avançant « la proposition que le genre, en tant que représentation et auto-représentation, est aussi le produit de technologies sociales variées [et que] comme la sexualité [il] n’est pas la propriété des corps ou quelque chose qui existe originellement chez les êtres humains » 4 . Et pour Joan Kelly, il est devenu très difficile de penser la réalité sociale à travers le prisme de deux sphères qui seraient distinctes : d’une part, la sphère privée de le sexualité et de l’affectivité ; et d’autre part, la sphère publique des relations de production.

Au contraire, l’ordre sexuel et l’ordre économique opèrent ensemble. Dans ce contexte, comme le résume très bien Michèle Barrett, « l’idéologie est un site extrêmement important pour la construction du genre [en ce qu’elle] constitue plus une partie de la totalité sociale qu’elle n’est une pratique ou un discours autonomes. » 5

A different set of rules

Pour Judith Butler, le corps sexué en tant que fond et l’identité en tant que surface peuvent changer, s’inverser « et faire toutes sortes de dégâts érotiques » 6 . Et aucun des deux ne peut prétendre plus que l’autre au réel; il est impossible que les corps atteignent un degré absolu d’imperméabilité. C’est l’âme qui est la prison du corps et non l’inverse, comme le précise Foucault dans Surveiller et punir. Aller à l’encontre des productions disciplinaires du genre a pour effet de penser de manière nécessairement indépendante toutes les manifestations physiques et psychiques de la sexualité.

Il n’existe aucun noyau régulateur, aucune identité première et stable ; les genres ne sont susceptibles d’être ni vrais ni faux. Tout est toujours question d’expérience subséquente et de performance à l’intérieur même du système sexe/genre. À notre façon, nous imitons tous un genre ; ou plutôt le genre lui-même est dans son essence une structure imitative (sans original) et une contingence.

Pour Wittig, cette performance du genre se fait sur différents modes, par le biais de différents exercices du sexe; il fonctionne comme une injonction. Elle rejoint en cela le caractère dramatique de la thèse de Butler pour qui le genre n’a aucune existence en soi et participe très largement de la fiction sociale : le genre est une norme qu’il nous est impossible de totalement intérioriser. Sa genèse nous est inaccessible et cachée. Pour Butler, il n’existe donc pas de genre en tant que tel, mais des effets de genre stylisés par des actes répétés dans le temps et dans l’espace.

« Les distinctions de genre font partie intégrante de ce qui humanise les individus dans la culture d’aujourd’hui. En effet, on ne manque généralement pas de punir celles et ceux qui n’arrivent pas à faire leur genre comme il le faut. […] La construction nous force à croire en sa nécessité et sa naturalité. » 7

Footnotes – Bibliographical references

  1. DE LAURETIS Teresa, Théorie queer et cultures populaires, Paris, La Dispute, 2007, p.38.»

  2. DE LAURETIS Teresa, Théorie queer et cultures populaires, op.cit., p. 40.»

  3. DE LAURETIS Teresa, Théorie queer et cultures populaires, op.cit., p. 97»

  4. DE LAURETIS Teresa, Théorie queer et cultures populaires, op.cit., p. 40.»

  5. BARRETT Michèle, « Ideology and the Cultural Production of Gender », in Feminist Cristicism and Social Change, Methuen, New York, 1985, p. 70-71. Cité dans DE LAURETIS Teresa, Théorie queer et cultures populaires, op.cit., p. 53.»

  6. BUTLER Judith, Trouble dans le genre, Paris, La Découverte, 2006, p. 241.»

  7. BUTLER Judith, Trouble dans le genre, op.cit., p. 264.»

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