Gilbert & George can’t say no to the Beauty and the Beast
C’est en 1967, dans le cours de sculpture de la Saint Martins School of Art and Design, que se rencontre (pour ne plus se quitter) le célèbre couple londonien Gilbert et George. L’un est autrichien (Gilbert), l’autre anglais (George). C’est le coup de foudre amoureux et artistique immédiat entre ces deux étudiants en art. Ils commencent tout de suite à travailler ensemble.
Ils se font d’abord connaître en tant que performeurs dans les années 1970. Dans The Singing Sculpture, ils sont couverts de peinture dorée et miment pendant des heures une chanson de Flanagan & Allen, Underneath The Arches. Ils utilisent alors leur corps comme matériau et comme vecteur, mais aussi comme objet d’art à part entière.

Ainsi, en 1973, ils se photographient en état d’ivresse, engoncés dans des costumes stricts. Smashed les représente tous deux sous des traits impassibles, pince-sans-rire, alors qu’ils sont drogués au gin. Dans ce même état d’esprit, ils créent le film Gordon’s Makes Us Drunk.
À cette époque, ils se comportent en véritables sculptures vivantes, refusant de dissocier ce qu’ils sont de ce qu’ils font. Ils inventent un style uniforme, sous les traits de deux anglais moyens en costume-cravate. Ils ne se produisent pas alors uniquement dans des musées ou des galeries, mais aussi dans des night-clubs et des salles rock. Ils militent alors pour un art accessible à tous, non élitiste. Ne dites pas « L’Art pour l’Art », mais « Art for all ».
Pendant les premiers temps de leur travail, ils expriment ainsi les préoccupations de tous sous la forme du minimalisme. Ce n’est qu’à partir des années 80 qu’ils ne réalisèrent plus que des œuvres à partir de clichés, d’abord en noir et blanc, puis en couleurs. Ils déclinent alors différentes thématiques (les peurs, la foi, etc.) sous la forme de montages photos rectangulaires immenses, pouvant faire jusqu’à 4m sur 11, découpés en carreaux cernés de noir et recolorisés par ordinateurs.

Dans ces séries monumentales qui rappellent le vitrail, ils pointent du doigt ce que la majorité des gens préfèrent ignorer: la dépression (Dusty Corners), l’acloolisme (The Alcoholic, Raining Gin ) ou encore le sida, n’hésitant pas à mettre en images les fluides corporels (urine, sperme, sang…).
Plus récemment, ceux que l’on surnomme « les dandys punk » se sont attaqués aux intolérances religieuses. Exposée en 2006, la série Sono-fagod suggère ouvertement que « Jésus adore la baise ! », une façon qui ne fut pas appréciée de tous de dénoncer l’homophobie flagrante de la religion catholique. Pour eux, l’art doit provoquer le débat:
« Il semble que la plupart des gens subissent une vie terrifiante. Nous pensons que c’est parce qu’ils n’ont pas compris, comme nous l’avons compris, qu’il y a sans doute une nouvelle manière de se voir »

À découvrir cet automne, leur dernier né Jack Freak Pictures, qu’ils définissent eux-mêmes comme « la part monstrueuse qui sommeille en chacun de nous ». Ils revisitent à souhait l’Union Jack: « Chacun s’approprie ce symbole, les cockneys comme les immigrés, les nationalistes comme les punks ». On peut retrouver à travers cette série graphique imposante et kaléidoscopique, des motifs tels que le quartier de leur atelier situé dans l’East London, les arbres, la citoyenneté, les graffitis et les médailles.
En 2005, ils représentèrent la Grande-Bretagne lors de la Biennale de Venise, et en 2007, leur œuvre fit l’objet d’une rétrospective à la Tale Modern de Londres avant de faire le tour du monde.














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