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Posted on avr 24, 2011 - Colours

Another castle crumbles

castle

Dans Le Désir homosexuel, Guy Hocquenghem s’interroge sur le semblable et le différent, deux notions qui représentent à ses yeux une cage fermée 1 pour le discours sur l’homosexualité. D’un côté, l’homosexuel doit être différent (sinon tout le monde est homosexuel); de l’autre côté, il faut que sa différence puisse être ramenée à du semblable (parce que personne de normal ne se reconnaît homosexuel).

Mais, comme le souligne le philosophe, « ce qui se cache sous cette universalisation de l’homosexualité est en fait l’universalisation de l’Oedipe » 2 et le fil continu de l’impéralialisme straight. Il y a une forme d’utilité à la notion du semblable; le fait que l’homosexuel manifeste lui-aussi l’indiscutable universalité du Phallus signifiant le rend soluble dans la société hétéronormative.

C’est le sens de l’analyse de Freud quand il critique la théorie du troisième sexe: les personnes homosexuelles se trompent par rapport à l’objet de leur désir mais elles se comportent avec lui « de la même manière que les normaux envers le leur » 3 . Décrire le fait homosexuel en ces termes est évidemment une erreur épistémologique impardonnable qui ne fait qu’encourager encore un peu plus la loi fondamentale de l’hétérosexualité à imposer son schéma libidinal et émotionnel à toutes les formes de pulsions et à réduire la réalité homosexuelle à un jeu de substitut dont elle garde le controle.

L’homosexualité inquiète justement parce qu’elle possède en elle le pouvoir de troubler cette limpidité et ces rapports de force ancestraux qui expriment un « double besoin de subdiviser pour régner, tout en maintenant la différence perverse » 4. On retrouve très largement cette tendance chez Ferenczi. Dans son article resté célèbre « L’homoérotisme: nosologie de l’homosexualité masculine », il définit et découpe son sujet sur l’axe de l’opposition classique entre virilité et féminité.

An invisible light to keep me alive

Sur le modèle freudien, il distingue l’homoérotisme de sujet et l’homoérotisme d’objet. C’est-à-dire l’inverti, l’homme qui se sent femme; et l’homosexuel représenté comme actif, qui se sent homme à tous égards mais qui inverse simplement l’objet de son désir sexuel. À une ou deux reprises, Ferenczi fait mine de nuancer son propos en reconnaissant le côté idéologique de sa caractérologie et le mélange psychique et sexuel qui opère en chaque individu.

Mais pour Hocquenghem, si tout est question de dosage, il n’en demeure pas moins que dans la pensée de Ferenczi, les traits dominants généraux se retrouvent en permanence et soutiennent le discours de l’idéologie dominante: « l’inverti est selon Ferenczi […] une pure anomalie de développement. L’homoérotisme d’objet, par contre, est une névrose » 5 . Comprenez, un pervers récupérable et curable. Freud parle d’une inversion incomplète ou amphigène où certaines fonctions mâles sont malgré tout conservées.

Pour Hocquenghem, cette façon de penser où le différent et le semlable opèrent efficacement « assure l’existence d’un petit monde homosexuel qui bénéficie de la chance d’être comparable terme à terme au monde hétérosexuel […] et sur qui pèse la malédiction de n’être que la caricature perverse de la normalité » 6. Un monde où tout s’emboîte et se cartonne. C’est évidemment sans compter sur « l’indifférence du désir aux divisions fonctionnelles où on l’enferme » (HOCQUENGHEM Guy, Le Désir homosexuel, op.cit., p. 143.)).

Footnotes – Bibliographical references

  1. HOCQUENGHEM Guy, Le Désir homosexuel, Paris, Fayard, 2000, p. 135.»

  2. HOCQUENGHEM Guy, Le Désir homosexuel, op.cit., p. 136.»

  3. FREUD Sigmund, Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, 1962. Cité dans HOCQUENGHEM Guy, Le Désir homosexuel, op.cit., p. 137.»

  4. HOCQUENGHEM Guy, Le Désir homosexuel, op.cit., p. 137.»

  5. HOCQUENGHEM Guy, Le Désir homosexuel, op.cit., p. 140.»

  6. HOCQUENGHEM Guy, Le Désir homosexuel, op.cit., p. 141.»

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